Le soldat revient des guerres,
Le matelot de la mer,
Mais moi j'ai quitté mon bien-aimé
Pour ne jamais nous revoir, mon chéri,
Pour ne jamais nous revoir.

Quand le jour est parti et la nuit venue,
Et que tout le monde est captif du sommeil;
Je pense à celui qui est au loin,
Pendant toute la nuit et je pleure, mon chéri,
Pendant toute la nuit, et je pleure[783].

Ailleurs c'est la voix d'un banni qui arrive de par delà les mers, elle dit les douleurs de l'exil qui décolorent les cieux les plus brillants, et cette pensée de retour et de vengeance qui met des flammes dans les yeux des proscrits et entretient leur vie par la haine.

Loin des amis et de la terre que j'aime,
Chassé par la cruelle haine de la fortune,
Loin de ma bien-aimée, j'erre;
Jamais plus je ne goûterai le bonheur,
Jamais plus je ne dois espérer trouver
Aise à mon labeur, confort à mon souci;
Quand le souvenir torture l'esprit,
Les plaisirs ne font que lever le voile du désespoir.

Les plus brillants climats me paraîtront mornes,
Les rivages fleuris me paraîtront déserts,
Jusqu'à ce que les destins, cessant d'être sévères,
Rendent l'Amitié, l'Amour et la Paix.
Jusqu'à ce que la Vengeance, au front lauré,
Ramène les proscrits au pays;
Et que chaque gars loyal et brave
Traverse les mers et retrouvé sa bien-aimée[784].

Parfois ce sont des notes plus légères mais presque aussi touchantes et aussi justes. On y sent ces souvenirs royalistes, qui persistèrent si longtemps et la façon dont ils persistaient. Ils se montraient dans des chansons légères, un peu railleuses, le plus souvent chantées par les femmes. Personne n'égale celles-ci pour faire entendre dans des refrains, où vont leurs espoirs, au moyen de finesses, de sourires, d'allusions qui sont toutes dans la voix et insaisissables. Qu'on imagine cette jolie chanson si pimpante, si provocante, chantée par une jolie et vaillante fille, à la barbe d'un officier hanovrien. Comment essayer sans ridicule de mettre le doigt sur l'impertinence et là charmante fidélité qui s'y jouent?

C'était un lundi matin,
Et très tôt dans l'année,
Que Charlie entra dans notre ville,
Le jeune chevalier.

Et Charlie est mon préféré,
Mon préféré, mon préféré,
Charlie est mon préféré,
Le jeune chevalier.

Comme il montait à pied la rue
Pour examiner la cité,
Oh! il aperçut une jolie fille
Qui regardait par la fenêtre.

Légèrement, il monta d'un bond l'escalier,
Et frappa à la porte,
Et la jolie fille se trouva toute prête
À laisser entrer le gars.