Ceci aussi leur assurera un abri,
Pour les protéger contre l'orage;
Et le timide lièvre dormira en sûreté,
Aplati dans son gîte herbeux;
Ici le berger viendra s'asseoir,
Pour tresser sa couronne de fleurs,
Ou trouver une retraite, un abri sûr
Contre les averses vite descendues.

Et ici, se glissant doucement, tendrement,
Le couple amoureux se rejoindra,
Méprisant les mondes avec toute leur richesse,
Comme un soin vide et vain.
Les fleurs donneront à l'envi leurs charmes,
Pour embellir l'heure céleste,
Et les bouleaux étendront leurs bras embaumés,
Pour cacher les tendres embrassements.

Peut-être ici aussi, au printemps, à l'aurore,
Un barde pensif pourra errer,
Et voir l'herbe fumante, humide de rosée,
Et la montagne grise de brouillard;
Ou bien, vers la moisson, sous les rayons nocturnes
Doucement parsemés dans les arbres,
Délirer en face de mon flot sombre et rapide,
Dont la voix rauque s'enfle avec la brise.

Que les hauts sapins, les frênes frais,
Recouvrent mes bords plus bas,
Et voient, penchés sur les bassins,
Leur ombre dans un lit humide;
Que les bouleaux parfumés, parés de chèvrefeuilles,
Ornent mes hauteurs rocheuses,
Et que, pour le nid du petit chanteur,
L'épine offre un abri bien fermé[792]!

Le duc d'Athole fit droit à la pétition présentée par Burns et couvrit la montagne de plantations. Elles commençaient à grandir quand Wordsworth visita les chutes. «Nous marchâmes en remontant au moins pendant trois quarts d'heure, sous un soleil ardent, avec le ruisseau à notre droite, dont les deux bords sont plantés de sapins et de mélèzes mélangés—fils de la chanson du pauvre Burns[793].» Après un siècle, ces arbres étaient devenus une véritable forêt qui cachait la montagne et abritait le torrent. Par un singulier hasard, il nous a été donné de voir ce site tel qu'il avait apparu à Burns. Un formidable ouragan avait dévasté l'Écosse de part en part, abattant sur son passage des forêts comme des champs de blé; il avait d'un coup renversé tous ces bois et dénudé la montagne qui reparaissait dans son ancienne âpreté.

Ce que Burns a écrit pendant ce voyage qui se rapproche le plus du caractère du site est le fragment sur les fameuses chutes de Foyers, près d'Inverness. C'est encore, remarquons-le, une vue particulière et dramatique. Cette cataracte de Foyers est d'une grandeur redoutable, elle se précipite perpendiculairement, d'une hauteur de deux cents pieds, dans un bassin de rochers énormes, avec un grondement d'orage, en envoyant en l'air une telle colonne de buée et de poussière d'eau qu'on l'a appelée la «chute de la fumée».

Parmi des collines vêtues de bruyères et d'âpres bois,
La rugissante Foyers verse ses flots aux bords moussus;
Jusqu'à ce qu'elle se lance sur les amas de rocs,
Où, à travers une brèche informe, son cours retentit.
Haut en l'air, forçant leur chemin, les torrents tombent,
En bas, se creusant d'une profondeur égale, une houle écume,
La nappe blanchissante descend rapide sur le roc,
Et déchire l'oreille étonnée de l'Écho invisible.
Obscurément aperçue, à travers un brouillard qui monte et d'incessantes averses,
La hideuse caverne assombrit son vaste cercle;
Et toujours, à travers la brèche, la rivière peine douloureusement,
Et toujours, au-dessous, bouillonne le chaudron horrible...

Bien qu'il y ait une certaine énergie descriptive dans ces vers, elle ne rend pas la formidable puissance de cette cataracte. Il est vrai que rien n'est plus impossible à peindre que ces déluges. Ils se composent de tant de choses de vision et de bruit, et si rapides; ils consistent si essentiellement en une succession vertigineuse d'éclairs, de lueurs et de tonnerres simultanés, que le tableau, s'il veut être exact, est trop étendu et est trop lent. Il ne représente que des fragments et des instants séparés d'un ensemble dont la force est d'être un amalgame, un tourbillon, aussitôt disparu, de tout cela. Même la prose n'y suffit pas. Les descriptions des grandes chutes d'eau par les plus robustes maîtres, celle du Niagara par Chateaubriand[794], celles de la chute du Rhin par Ruskin ou Victor Hugo[795], sont inefficaces. Les mots ne peuvent exprimer cette stupeur qui intimide la pensée et retient toute la vie en une sorte d'épouvante immobile.

À tout prendre, on peut affirmer que Burns n'a pas été ému par le spectacle de cette nature comme on aurait pu s'y attendre, et que ses impressions de paysage ont été bien inférieures à ses impressions historiques. C'est l'avis de ceux qui ont voyagé avec lui. Le Dr Adair, qui eut l'occasion de faire, peu de semaines après, un tour de quelques jours avec lui, dit: «Pendant une résidence d'environ dix jours à Harvieston, nous fîmes des excursions pour visiter différentes parties du paysage environnant, qui n'est inférieur à aucun autre en Écosse, en beauté, en sublimité et en intérêt romanesque, particulièrement le château de Campbell, ancienne résidence de la famille Argyle, la fameuse cataracte du Devon, appelée le bassin du Chaudron, et le Pont grondant, une seule arche large, jetée par le diable, si on en croit la tradition, à travers la rivière à environ cent pieds au-dessus de son lit. Je suis surpris qu'aucune de ces scènes n'ait évoqué un effort de la muse de Burns. Mais je doute qu'il ait eu un grand goût pour le pittoresque. Je me rappelle bien que les dames d'Harvieston, qui nous accompagnèrent dans cette promenade, montrèrent leur désappointement de ce qu'il n'ait pas exprimé en langage plus ardent et plus brillant ses impressions de la scène du bassin du Chaudron qui certainement est hautement sublime et presque terrible[796].» On peut à la vérité, opposer à cette déposition un passage de Walker qui a l'air de le contredire. «J'avais souvent, comme d'autres, éprouvé les plaisirs qui naissent d'un paysage sublime ou élégant, mais je n'avais jamais vu ces sentiments aussi intenses que chez Burns. Quand nous atteignîmes une hutte rustique sur la rivière de la Tilt, là où celle-ci est surplombée par un escarpement boisé d'où tombe une belle cascade, il se jeta sur un talus de bruyère et s'abandonna à un enthousiasme d'imagination tendre, perdu et voluptueux. Je ne puis m'empêcher de penser que c'est là peut-être qu'il a conçu l'idée des lignes suivantes, qu'il plaça plus tard dans son poème sur les Chutes de Bruar, lorsqu'il imaginait une combinaison d'objets semblable à celle qu'il avait maintenant sous les yeux.

Où, vers la moisson, sous les rayons nocturnes
Doucement parsemés à travers les arbres,
Il viendra délirer devant mon flot sombre et rapide
Dont le cri rauque s'enfle avec la brise.