Comme j'étais debout près de cette tour sans toiture,
Où la giroflée parfume l'air plein de rosée,
Où la hulotte gémit dans sa chambre de lierre
Et dit à la lune de minuit son souci;
Les vents étaient tombés et l'air était paisible,
Des étoiles filantes traversaient le ciel;
Le renard hurlait sur la colline,
Et les échos lointains des gorges répondaient.
Le ruisseau, dans son sentier couvert de noisetiers,
Se hâtait près des murs en ruines,
Pour rejoindre, là-bas, dans la vallée, la rivière
Dont le bruit distant monte et retombe.
Du nord froid et bleuâtre ruisselaient
Des lueurs, avec un bruit sifflant, étrange;
À travers le firmament elles jaillissaient et changeaient,
Comme les faveurs de la Fortune, perdues aussitôt que gagnées.
Par hasard, je tournai insouciamment mes yeux,
Et, dans le rayon de lune, je tremblai en voyant
Se lever, un spectre austère et puissant,
Vêtu comme jadis l'étaient les ménestrels.
Eussé-je été une statue de pierre,
Son aspect m'aurait fait frissonner;
Et sur son bonnet était gravée clairement
La devise sacrée: «Liberté».
Et de sa harpe coulaient des chants
Qui auraient réveillé les morts endormis;
Et, oh! c'était une histoire de détresse,
Comme jamais l'oreille d'un anglais n'en connut de plus grande.
Avec joie, il chantait ses jours d'autrefois,
Avec des pleurs, il gémissait sur les temps récents;
Mais ce qu'il disait, ce n'était pas un jeu,
Je ne le risquerai pas dans mes rimes[1244].
Cependant les destinées de la Révolution française tenaient le monde en suspens. En Angleterre, malgré la déclaration de guerre, un grand nombre d'âmes généreuses faisaient des vœux pour le peuple qui défendait sa liberté. Du premier coup, Burns se trouva parmi ceux qui prenaient parti contre leur propre patrie. Il ne s'en cachait pas. Il composait une épigramme contre une victoire de l'armée anglaise. Lorsque Dumourier passa à l'ennemi, il écrivit contre lui son Impromptu sur la Désertion du général Dumourier. Dans une Ode pour le jour de naissance du général Washington, il s'écriait:
Les nations opprimées forment-elles le haut dessein
De faire saigner les tyrans détestés?
Ton Angleterre prend en haine cet exploit glorieux!
Sous les plis de ses bannières hostiles,
Bravant les reproches de l'honneur,
L'Angleterre tonne et s'écrie: «La cause du tyran est la mienne!»
À cette heure maudite, les démons se sont réjouis,
L'enfer, dans son étendue, poussa un cri de triomphe,
À cette heure qui vit le nom généreux de l'Angleterre
Associé à des actes maudits frappés de honte éternelle[1245].