Doucement se clôt le soir sur le bois de Craigieburn,
Et joyeusement s'y éveille le matin;
Mais la pompe du printemps sur le bois de Craigieburn
Ne m'inspire rien que du chagrin.

Chorus.—Près de toi, chérie, près de toi, chérie,
Ô être couché près de toi!
Ô doucement, profondément heureux doit dormir,
Celui qui est couché dans le lit près de toi!

Je vois les feuilles et les fleurs s'ouvrir,
J'entends les oiseaux chanter;
Mais ils n'ont aucun plaisir pour moi,
Car le souci déchire mon cœur.

Je ne puis parler, je ne dois pas parler,
Je n'ose pas de peur de vous fâcher;
Mais l'amour secret brisera mon cœur,
Si je le cèle plus longtemps.

Je te vois gracieuse, grande et droite,
Je te vois douce et jolie;
Mais, oh! que sera mon tourment,
Si tu refuses ton Johnie!

Te voir dans les bras d'un autre,
Vivre et languir dans l'amour,
Serait ma mort, cela est certain,
Et mon cœur éclaterait d'angoisse.

Mais, Jane, dis que tu seras à moi,
Dis que tu n'aimes personne avant moi,
Et tous les jours de ma vie future
Avec reconnaissance, je t'adorerai!

Près de toi, chérie, près de toi, chérie,
Ô être couché près de toi!
Ô doucement, profondément heureux doit dormir,
Celui qui est couché dans le lit près de toi![1291]

Il faut espérer que Gillespie garda ces vers pour lui. C'est peut-être pourquoi sa cour fut sans succès. Quelque temps après, au commencement de 1793, selon Chambers, Jane Lorimer fut courtisée par un jeune gentilhomme fermier des environs, nommé Whelpdale, qui lui déclara qu'il se livrerait sur lui-même à quelque violence extrême si elle refusait de le suivre. Elle y consentit, après avoir longtemps hésité, poussée par la pitié, le goût du romanesque, et peut-être le besoin d'échapper à son entourage. Ils allèrent se marier à Gretna-Green. Quelques mois après, M. Whelpdale fut obligé, par ses dettes, de se sauver d'Écosse. Il abandonna sa jeune femme qui n'eut d'autre ressource que de revenir chez ses parents[1292].

C'est alors que Burns semble s'être épris d'elle pour son propre compte. Ce n'est pas une de ses grandes héroïnes, dont la liste, sauf une attendrissante exception, est close maintenant. Elle n'apparaît qu'au second plan de sa vie et pour un moment; le sentiment qu'elle lui inspira était superficiel. Cependant cette aventure est intéressante, parce qu'elle montre comment il avait fait de l'amour un procédé littéraire, une sorte d'ivresse passagère et volontaire, qu'il se donnait pour s'inspirer. Ses révélations à ce sujet sont des plus curieuses et bien caractéristiques de l'homme. En envoyant à Thomson la pièce qu'il avait jadis écrite pour Gillespie, il lui écrivait: