Vous tous qui vivez en vidant les verres,
Vous tous qui vivez en rimant les vers,
Vous tous qui vivez sans jamais réfléchir,
Allons, pleurez avec moi;
Notre camarade nous fausse compagnie
Et va par delà les mers.
Pleurez-le, ô troupe joyeuse,
Qui chèrement aimez, par ci par là, une bordée;
Il ne se joindra plus aux éclats joyeux,
Dans le ton sociable;
Car il est parti pour un autre rivage,
Par delà les mers.
Les jolies filles peuvent bien le pleurer,
Et dans leurs plus chères prières le placer,
Les veuves, femmes, toutes peuvent le bénir
D'un œil plein de larmes;
Car je sais bien qu'il leur manquera beaucoup,
Par delà les mers.
Il vit le froid nord-ouest du malheur
Longuement rassembler une amère rafale;
Une coquette enfin lui brisa le cœur,
Malheur lui en advienne!
Alors, il prit passage, devant le mât,
Par delà les mers.
Trembler sous le gourdin de la Fortune,
N'avoir que peu d'eau et de farine pour s'emplir le ventre,
Avec son humeur fière, indépendante,
S'accordent mal;
Alors, il se roula les fesses dans un hamac,
Par delà les mers.
Gens de la Jamaïque, traitez-le bien,
Trouvez-lui un bon abri confortable,
Vous trouverez en lui un bon garçon
Plein de joyeuseté,
Qui ne voudrait pas faire mal au diable,
Par delà les mers.
Adieu! mon camarade, faiseur de rimes,
Votre sol natal fut de mauvais vouloir,
Mais puissiez-vous fleurir comme un lis
Maintenant et prospérer!
Je boirai mon dernier gobelet à votre santé,
Par delà les mers[315].
Mais il était incorrigible. En même temps que son esprit reprenait un peu de calme, il reprenait sa veine de galanterie, séduit au point de tout oublier, par la moindre image qui mettait son imagination en jeu. Il y en a un exemple qui est curieux par les renseignements qu'il donne sur sa rapidité d'impression et par la renommée même de l'aventure. Il est curieux aussi parce qu'il complète le tableau de cette âme dont la soudaineté et la variété d'impressions est déconcertante et déroute les présomptions.
Un soir du mois de juillet, il se promenait dans le domaine de Ballochmyle qui venait d'être acheté par M. Alexander. Il suivait les pentes escarpées au bas desquelles coule la rivière à peine visible. C'était une de ses promenades favorites, qui l'avait déjà inspiré, quand il avait mis sur les lèvres de la fille du propriétaire précédent, forcé par des revers de fortune de vendre son domaine héréditaire, ce joli et triste adieu:
Les bois de Catrine étaient jaunis,
Les fleurs tombaient sous la pelouse de Catrine;
Aucune alouette ne chantait sur les tertres verts,
La nature apparaissait languissante;
À travers les bosquets flétris, Maria chantait,
Elle-même dans toute la fleur de la beauté;
Et les échos des bois sauvages résonnaient:
Adieu les pentes de Ballochmyle!