Elle est droite comme ce jeune frêne
Qui se dresse entre deux pentes couvertes de primevères,
Et boit le ruisseau, dans sa fraîche vigueur;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Elle est sans tache comme l'épine épanouie,
Avec des fleurs si blanches et des feuilles si vertes,
Quand elle est pure dans la rosée matinale;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son air est comme le mai vernal,
Quand Phœbus brille sereinement, le soir,
Quand les oiseaux se réjouissent sur toutes les branches;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Sa chevelure est comme le brouillard floconneux
Qui gravit, le soir, le flanc des montagnes,
Quand les pluies qui ravivent les fleurs ont cessé;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son front est comme l'arc pluvieux,
Quand des rayons brillants s'interposent,
Et dorent le front de la montagne lointaine;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses joues sont comme cette perle cramoisie,
L'orgueil du parterre de fleurs,
Qui commence à s'ouvrir sur sa tige épineuse;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Sa gorge est comme la neige de la nuit,
Quand le matin se lève pâle et froid,
Tandis que les ruisseaux murmurants coulent cachés;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses lèvres sont comme ces cerises mûres,
Que des murailles ensoleillées abritent de Borée,
Elles tentent le goût et charment la vue;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses dents sont comme un troupeau de brebis
Aux toisons nouvellement lavées,
Qui montent lentement la colline rapide;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son haleine est comme la brise parfumée
Qui agite doucement les fèves en fleurs,
Quand Phœbus s'enfonce derrière les mers;
Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.