D'un pas négligent, j'avançais, j'errais,
Mon cœur se réjouissait de la joie de la nature,
Quand, rêvant dans une clairière solitaire,
J'entrevis, par hasard, une belle jeune fille:
Son regard était comme le regard du matin,
Son air, comme le sourire vernal de la nature,
La Perfection, en passant, murmurait:
«Regarde la fille de Ballochmyle.»
Doux est le matin de mai fleuri,
Et douce est la nuit dans le tiède automne,
Quand on erre dans le gai jardin,
Ou qu'on s'égare sur la lande solitaire;
Mais la femme est l'enfant chéri de la nature!
Dans la femme elle a rassemblé tous ses charmes;
Mais, même là, ses autres ouvrages sont éclipsés
Par la jolie fille de Ballochmyle.
Oh! que ne fut-elle une fille de campagne,
Et moi, l'heureux gars des champs!
Quoique abrité sous le plus humble toit
Qui s'éleva jamais sur les plaines Écossaises!
Sous le vent et la pluie du morose hiver,
Avec joie, avec bonheur, je travaillerais,
Et la nuit je presserais sur mon cœur,
La jolie fille de Ballochmyle.
Alors l'orgueil pourrait gravir les pentes glissantes
Où brillent bien haut la gloire et les honneurs;
Et la soif de l'or pourrait tenter l'abîme,
Ou descendre et fouiller les mines de l'Inde;
Donnez-moi la chaumière, sous le sapin,
Un troupeau à soigner, un sol à bêcher,
Et chaque jour aura des joies divines
Avec la jolie fille de Ballochmyle[613].
La seconde a été écrite, à quelques semaines de la précédente, probablement pour Mary des Hautes-Terres. Comme tout ce qu'il a fait pour elle, c'est une de ses œuvres les plus parfaites. Il est impossible de rendre, dans une traduction, la strophe caressante et fluide, qui coule avec la douceur et presque avec la musique d'une eau pure. C'est une de ses plus chastes et de ses plus poétiques inspirations.
Coule, doucement, doux Afton, entre tes rives vertes,
Coule doucement, je vais chanter une chanson à ta louange;
Ma Mary est endormie près de ton flot murmurant,
Coule doucement, doux Afton, ne trouble pas son rêve.
Toi, ramier, dont l'écho résonne dans le vallon,
Vous, merles, qui sifflez follement, dans cette gorge pleine d'épines,
Toi, vanneau à la crête verte, retiens ton cri perçant,
Je vous en conjure, ne troublez pas ma bien-aimée qui dort.
Qu'elles sont hautes, doux Afton, les collines voisines,
Marquées au loin par le cours des clairs ruisseaux sinueux;
C'est là que, tous les jours, j'erre quand midi monte au ciel,
Contemplant mes troupeaux et la douce chaumière de ma Mary.
Qu'ils sont agréables tes bords, et les vertes vallées qui sont plus bas,
Où les primevères sauvages éclosent dans les bois;
Là souvent, quand le doux crépuscule pleure sur la pelouse,
Les bouleaux parfumés nous ombragent, ma Mary et moi.
Qu'elle glisse amoureusement, Afton, ton onde de cristal,
Quand tu contournes la chaumière où ma Mary demeure;
Que joyeusement tes eaux baignent ses pieds neigeux,
Quand cueillant de douces fleurs, elle suit tes flots clairs!