Ô Mary, sois à ta fenêtre,
C'est l'heure convoitée et convenue!
Laisse-moi voir ces sourires et ces regards,
Qui font mépriser le trésor de l'avare:
Avec quelle joie je supporterais la poussière,
Peinant en esclave du matin au soir,
Si je pouvais m'assurer la riche récompense,
La jolie Mary Morison!
Hier soir, quand, au son tremblant des cordes,
La danse traversait la salle éclairée,
Vers toi ma pensée prit son vol.
Je restai assis, mais sans voir, ni entendre,
Bien que celle-ci fût jolie, et celle-là brillante,
Et celle-ci l'orgueil de la ville,
Je soupirais et disais au milieu d'elles toutes:
«Vous n'êtes pas Mary Morison!»
Ô Mary, peux-tu briser le repos
De celui qui, pour loi, mourrait avec joie?
Et peux-tu bien briser son cœur
Dont la seule faute est de t'aimer?
Si tu ne veux pas rendre amour pour amour,
Du moins, montre-moi de la pitié;
Une pensée sans douceur ne saurait être
La pensée de Mary Morison[629].
Et celle-ci, dont les derniers vers sont si simples, est au contraire de ses dernières années:
Le jour revient, et mon cœur est en flamme,
Le jour béni où nous nous rencontrâmes;
Quoique l'âpre hiver se fatiguât en tempêtes,
Jamais soleil d'été ne m'a paru si doux.
Plus que les trésors qui chargent les mers
Et traversent la ligne enflammée,
Plus que les robes royales, les couronnes et les globes,
Le ciel m'a accordé;—car il t'a faite mienne.
Tant que le jour et la nuit amèneront des délices,
Tant que la nature donnera des plaisirs,
Tant que les joies passeront sur mon esprit,
Pour toi et toi seule, je vivrai.
Quand le sombre ennemi de la vie ici-bas
Viendra entre nous deux nous séparer,
La main de fer qui brisera notre lien
Brisera mon bonheur, brisera mon cœur![630]
Et voici encore de la simplicité dans la mélancolie et dans la tristesse; des regrets tels qu'ils naissent dans les cœurs simples et s'exhalent sur des lèvres qui ignorent la recherche. Ils passent naturellement de l'âme dans la voix, ne prenant que peu de mots pour s'exprimer et se changeant presque involontairement en son, comme ces chagrins secrets qui se prolongent en soupirs.
J'ai été aussi joyeux sur cette colline
Que les agneaux qui jouaient devant moi;
Chacune de mes pensées était aussi insouciante et libre
Que la brise qui passait sur mon front.
Maintenant, ni ébats, ni jeux,
Ni gaîté, ni chanson ne peuvent plus me plaire;
Leslie est si jolie et si timide!
Le souci et l'angoisse m'ont saisi!
Lourde, lourde est la tâche
De déclarer un amour sans espoir:
Tremblant, je n'ose que regarder,
Soupirant, muet, désespéré.
Si elle ne soulage pas les tourments
Qui remplissent ma poitrine,
Sous la motte de gazon vert,
J'irai bientôt demeurer[631].
Ces deux derniers vers sont, dans le texte, d'une tristesse inexprimable. On trouve les mêmes qualités dans cet autre morceau: