Mon cœur est triste,—je n'ose pas le dire,
Mon cœur est triste pour l'amour de quelqu'un,
Je veillerais une nuit d'hiver,
Pour l'amour de quelqu'un.
Oh hon! pour quelqu'un,
Oh hon! pour quelqu'un,
J'errerais autour du monde
Pour l'amour de quelqu'un.
Vous Pouvoirs qui souriez aux amours vertueux.
Oh! doucement, souriez à quelqu'un!
De tout danger, gardez-le libre,
Rendez-moi sauf mon quelqu'un.
Oh hon! pour quelqu'un
Oh hey! pour quelqu'un,
Je ferais—que ne ferais-je pas?
Pour l'amour de quelqu'un[632].
Et celle-ci encore d'une si grande naïveté de plaint, et par cela même si touchante:
Est-ce là ta foi, ta tendresse, ta bonté,
Nous quitter ainsi cruellement, ma Katy?
Est-ce là ta récompense envers ton ami fidèle,
Envers un cœur souffrant et brisé, ma Katy?
Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?
Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?
Tu connais bien que mon cœur souffre.
Peux-tu me quitter ainsi, par pitié?
Adieu, que jamais ces chagrins ne déchirent
Ce cœur inconstant qui est tien, ma Katy?
Tu pourras trouver qui t'aimera chèrement,
Mais pas un amour comme le mien, ma Katy![633]
Au milieu de ces gerbes de pièces amoureuses, celles qui ont été dédiées à Clarinda forment une javelle à part. Aucunes n'offrent d'une façon plus frappante ce merveilleux mélange de passion et de simplicité, qui fait son originalité dans la troupe si nombreuse des poètes de l'amour. Elles ont été citées dans la biographie et il est superflu de les redonner ici. Qu'on se rappelle les vers sur cette nuit de Décembre qui fut plus douce qu'aucun des matins de mai[634], sur le rivage où il errera solitaire au milieu des cris d'oiseaux de mer[635], et surtout cette navrante pièce sur le dernier baiser, le baiser d'adieu éternel qui semble déchirer les lèvres qui se le donnent et les retient cependant éperdues et prises dans son amère douceur[636]. Les simples et douloureux couplets sont désormais dans la littérature anglaise la plainte définitive des cœurs brisés. Qu'on relise ces pièces pour voir avec quels simples moyens on peut rendre ses plus puissantes émotions et la plus ardente passion.
Et cependant, ce n'est pas encore là le terme extrême. Il a été plus loin, aussi difficile que cela puisse sembler. Parfois il est plus bref encore. Il semble qu'il n'y ait plus rien. Les pièces sont dépouillées du moindre contenu intellectuel, elles sont vides. Tout s'en est retiré, images, idées, couleur. Que leur reste-t-il donc? La passion. Elles tremblent d'une flamme invisible. L'effet est insaisissable et pénétrant. Cela ne peut se comparer qu'à l'émotion que le frémissement de la voix donne à des mots insignifiants. Et ces pièces si simples ne se laissent pas lire sans contraindre la voix à changer d'expression à chaque vers, et sans parfois la charger d'attendrissement. Qu'on prenne, par exemple, la pièce suivante:
Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar!
Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar?
Veux-tu partir sur un cheval ou dans une voiture,
Ou marcher à mes côtés, oh! douce Tibbie Dunbar.
Peu m'importe ton père, tes terres et ton argent,
Peu m'importe ta race haute et seigneuriale!
Dis seulement que tu veux m'avoir pour heur ou malheur,
Et viens dans ton petit manteau, douce Tibbie Dunbar![637]