La vieille femme s'agita en tous sens,
Se mit à rire et répondit:
«J'ai appris une chanson dans Annandale:
Pour ma lady, un homme noir;
Mais pour une fillette des champs comme toi,
Ma petite, je te le dis sincèrement,
Je me suis accommodée de cheveux blancs,
Et les bruns font fort bien l'affaire.
Il y a beaucoup d'amour dans les cheveux noir de corbeau,
Les blonds ne deviennent jamais gris,
Il y a «de l'embrasse et serre-moi» dans les bruns,
Et de vraies merveilles dans les roux[696]».
Ce n'est pas tout. Il y a, au fond des anciennes chansons écossaises, une veine de plaisanteries gaillardes et grivoises, parfois un peu grasses, mais pleines de gaîté et de bonhomie. Elles rappellent singulièrement notre gauloiserie. C'est le même rire goguenard, bon enfant et réjoui, sur les mêmes sujets qu'on devine. Ce sont de ces histoires ou ces plaisanteries salées qu'on se raconte avec un clin d'œil et un coup de coude. Elles sont plus drues et plus gaies dans les chansons écossaises que dans celles des Anglais. Peut-être un fonds de joyeuseté celtique, peut-être l'influence française, en sont-elles la cause? Même à ce filon extrême Burns a emprunté; il en rapporte des modèles de grosse drôlerie populaire. Il a repris cette note de temps plus francs et de plaisanterie plus libre, et l'a rajeunie, tout en lui conservant, avec un bonheur parfait, sa verve, sa saveur, sa naïveté, son rire sans arrière-pensée, je ne sais quelle bonne jovialité contagieuse et rabelaisienne. Les critiques anglais ne paraissent pas beaucoup priser ce coin curieux de son génie. Pourtant, il est à noter et, pour qui ne fait pas carême en littérature, il est à goûter. Quoi de plus joli et de plus gai dans ce vieux genre que l'histoire du petit tailleur?
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste;
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste;
Les couvertures étaient minces, les draps étaient étroits,
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste.
La fillette endormie ne craignait pas de mal,
La fillette endormie ne craignait pas de mal,
Le temps était froid, la fillette restait tranquille,
Elle pensait qu'un tailleur ne pouvait pas lui faire de mal.
«Donnez-moi encore un liard, rusé jeune homme,
Donnez-moi encore un liard, rusé jeune homme,
Le jour est court et la nuit est longue,
C'est le plus cher argent que j'aie jamais gagné».
Il y a quelqu'un qui est triste de coucher seule,
Il y a quelqu'un qui est triste de coucher seule,
Il y a des gens qui sont tristes et voudraient, je gage,
Voir le petit tailleur, revenir en trottinant[697].
Il y a encore ce gredin de tonnelier de Cuddie qui fait un joli travail dans le pays.
Le tonnelier de Cuddie est venu ici,
Il nous a mis des cercles à nous toutes;
Et notre ménagère a reçu un coup de maillet,
Qui a mis en colère son sot mari Ô.