Ce ne sont là que les situations saillantes et les hauts-reliefs de la vie. Dans les intervalles, dans les situations de détail, dans les recoins de sentiment, s'intercalent des chansons qui complètent cette scène déjà si variée. Ce sont parfois de simples riens, jetés en l'air, au hasard, tels que ceux qu'on fredonne sans penser, en suivant une route. Et cependant ils contiennent leur petit grain d'observation ou de gaîté. En voici un exemple dans quelques couplets qui semblent tout blancs de farine:
Hey, le meunier poudreux,
Et son habit poudreux,
Il gagne un shelling,
Avant de dépenser un liard.
Poudreux était l'habit,
Poudreuse était la couleur,
Poudreux était le baiser
Que me donna le meunier.
Hey, le meunier poudreux,
Et son sac poudreux,
Béni soit le métier
Qui remplit la bourse poudreuse,
Amène l'argent poudreux;
Je donnerais ma robe
Pour le meunier poudreux[691].
Il y en a de ces refrains, d'éparpillés de tous côtés. C'est la jolie Peg de Ramsay: la rafale du soir est froide sur la mare, l'aurore est morose quand les arbres sont nus à Noël, les collines et les vallons sont perdus dans la neige; mais, la jolie Peg de Ramsay a toujours à moudre à son moulin[692]. C'est le joueur de cornemuse venu du Comté de Fife et qui a joué à la cousine Kate un air que personne ne lui demandait[693]. Ce sont les filles à qui on annonce qu'il vient d'arriver un bateau tout chargé de maris[694]. C'est une commère qui avoue ses fredaines.
Comment ça va-t-il, commère?
Comment allez-vous?
Une pinte du meilleur
Et deux pintes avec?
Comment ça va-t-il commère,
Et comment vont les affaires?
Combien d'enfants avez-vous?
La commère dit: «J'en ai cinq».
«Et sont-ils tous de Johnny?»
«Oh! pour ça, non, dit-elle,
Deux d'entre eux ont été faits
Quand Johnny n'était pas là.
Les chats aiment bien le lait,
Les chiens aiment le potage,
Les gars aiment les fillettes,
Et les fillettes, les gars.
Nous étions tous endormis, endormis, endormis,
Nous étions tous endormis à la maison[695].
Parfois, ce sont de légers épisodes d'une nuance un peu différente de ceux qu'on a déjà vus et qui se groupent autour d'une même situation. Ainsi, parmi les jeunes filles qui vont trouver les commères pour consulter leur expérience, il y en a une qui désire savoir de quelle couleur sont les hommes en qui on peut avoir confiance. Ce n'est rien: quatre strophes de quatre vers. Cependant la scène y est tout entière et fort jolie. On voit arriver la fillette tout occupée, comme il sied à son âge, de cette obscure question. Comme elle ignore encore que ce problème est du domaine de la méthode expérimentale, elle fait appel à l'autorité. Elle vient timidement consulter une vieille matrone qui a fait sur ce sujet des études comparées. Dans quelle incertitude d'esprit, dans quelle confusion de couleurs, la pauvrette doit s'en aller!
«Dites-moi, dame, dites-moi, dame,
Et nulle ne peut mieux le dire,
De quelle couleur doit être l'homme,
Pour aimer vraiment une femme?»