Et ils causent gravement et sagement de leurs maîtres, le premier, comme un valet qui profite mais n'est pas dupe de la somptueuse existence qu'on mène autour de lui; le second, comme un humble serviteur qui prend intérêt à la modeste vie à laquelle il est associé.
Lorsqu'il s'agit d'animaux qui partagent sa vie, alors c'est une véritable camaraderie. Il leur parle d'une façon familière, amicale, touchante. Ce sont des compagnons qu'il a appris à apprécier, à estimer. Entre eux et lui, c'est de l'affection et de la causerie. Il se rappelle leurs services passés, et il les leur rappelle; ils en causent ensemble. Ils ont partagé les bons et les mauvais jours. Il les traite en amis fidèles et éprouvés. Ce mot revient continuellement. Quand Mailie est morte, il a perdu «une amie et une chère voisine[797]». Quand il parle de Luath, le chien de berger qu'on vient de voir, il dit «c'était le chien d'un laboureur qui l'avait pour son ami et camarade[798]». Même dans les circonstances où un mouvement de brutalité peut échapper, il n'en a jamais avec eux. Son cheval, fourbu des longues courses de l'Excise, se laisse tomber, non sans danger pour lui, puisque, peu de temps après, une chute pareille lui cassa le bras. Il écrit à un de ses amis: «Le pauvre diable s'est jeté sur ses genoux une dizaine de fois dans ces vingt derniers milles, me disant à sa manière: «Vois, ne suis-je pas ta fidèle haridelle de cheval, sur qui tu chevauches depuis maintes années[799]». On voit qu'au lieu de se fâcher, il a été sensible à cet étonnement douloureux et à ces reproches d'animal surmené, qui ne comprend pas, et silencieusement supplie son maître. Son Salut du jour de l'an d'un Vieux Fermier à sa vieille jument Maggie est un modèle achevé de cette bonne camaraderie et assurément un de ses chefs-d'œuvre d'humour et de bonté. C'est un morceau à lire doucement.
Je te souhaite une bonne année, Maggie!
Tiens! voici une poignée de grains pour ton vieux sac:
Bien que tu sois creuse des reins maintenant et noueuse,
J'ai vu le jour
Où tu pouvais courir comme un cerf,
À travers une prairie.
Bien que tu sois maintenant lente, raide et caduque,
Et que ta vieille peau soit aussi blanche qu'une pâquerette,
Je t'ai connue pommelée, lisse et luisante,
Une jolie grise;
Il aurait fallu un gaillard pour oser t'agacer,
Au temps jadis.
Tu fus jadis au premier rang,
Une jeune jument, forte, nerveuse et mince,
Et tu posais bien une jambe aussi bien faite
Que celles qui ont jamais foulé terre;
Et tu aurais pu voler par dessus une mare,
Comme un oiseau.
C'est maintenant la vingt-neuvième année,
Depuis que tu étais la jument de mon brave père;
Il t'a donnée à moi, en dot bien claire,
Avec cinquante marcs;
C'était peu, mais c'était de l'argent bien gagné,
Et tu étais robuste.
Quand la première fois j'allai faire ma cour à ma Jenny,
Tu trottais alors à côté de ta mère,
Bien que tu fusses friponne, maligne et joueuse,
Tu ne fus jamais rétive,
Mais familière, douce, tranquille et bonne,
Et si jolie à voir!
Tu piaffais toute fière, le jour
Où j'amenai à la maison ma jolie fiancée;
Et elle, douce et gracieuse, se tenait sur toi,
Avec un air modeste!
J'aurais pu défier tout Kyle-Stewart de me montrer
Une paire comme vous deux.
Bien que tu clampines et que tu boîtes maintenant,
Et que tu vacilles, comme une lourde barque à saumon,
En ces temps-là, tu étais une trotteuse fameuse
Pour les sabots et le vent;
Et tu les dépassais tous, si bien qu'ils se traînaient
Loin, loin derrière!
Quand toi et moi étions jeunes et fringants,
Et que le repos à l'étable t'avait paru long,
Comme tu piaffais, comme tu renaclais et hennissais,
Comme tu enfilais la route!
Les gens de la ville se sauvaient, s'écartaient,
Disaient que tu étais folle.