Et écoutez! comme joyeusement la grive chante!
Elle aussi est un bon prédicateur,
Venez, venez à la lumière des choses,
Que la Nature soit votre préceptrice.

Elle a tout un monde de trésors préparés
Pour enrichir les cœurs et les esprits:
Une sagesse spontanée, exhalée par la santé,
La vérité exhalée par la gaîté.

Une impression venant d'un bois printanier
Peut vous enseigner plus sur l'homme,
Plus sur le bien et le mal moraux,
Que tous les sages ensemble.

Douce est la science que donne la Nature;
Notre intelligence affairée
Déforme la beauté des choses,
Et tue afin de disséquer.

Assez de Science et d'Art,
Fermez ces froids feuillets,
Venez, sortons, et apportez avec vous
Un cœur qui veille et qui sache recevoir[898].

On pourrait croire qu'il est à peine possible de saisir cette insensible pénétration de l'homme par la Nature, ces moments où elle s'épand en nous en noyant notre conscience, ces minutes trop profondes pour des mots. Wordsworth les a pourtant aperçus, avec une délicatesse et une subtilité qui font de lui un psychologue presque aussi pénétrant qu'il est grand peintre de la Nature. Avec quelle finesse il note ce petit choc imperceptible et cette surprise, par lesquels une âme perdue se réveille tout à coup et s'aperçoit qu'elle déborde de nature.

Alors quelquefois, dans ce silence, lorsqu'il était suspendu
À écouter, un faible choc de douce surprise
A transporté loin dans son cœur la voix.
Des torrents montagneux; ou bien la scène visible
Entrait, sans qu'il le sût, dans son esprit,
Avec son décor solennel, ses rochers,
Ses bois, et ce ciel mouvant, reflété
Dans le sein de l'immobile lac[899].

Ces heures de divine réceptivité, ces moments mémorables et consacrés, Wordsworth les a décrits avec de merveilleuses ressources de langage. Il a su exprimer des états d'âme presque inexprimables et qui n'avaient jamais été révélés. C'est une contemplation qui, peu à peu, se spiritualise; la scène extérieure, tout en persistant avec sa netteté et ses détails, s'affine, devient immatérielle, se change en rêve; elle passe du dehors dans l'âme qui la contemple, avec une ineffable douceur, entrant en elle, se transformant en elle. Sensations intraduisibles et désespérantes pour les lourds termes humains, et que Wordsworth a su rendre dans une transparente immatérialité et avec précision.

Oh alors, l'eau calme
Et sans un soupir s'étendit sur mon âme
Avec une pesanteur de plaisir, et le ciel
Qui n'avait jamais été si beau descendit
Dans mon cœur et me tint comme un rêve[900].

Et ailleurs parlant «d'un de ces jours célestes qui ne peuvent pas mourir[901]».