À ces établissements nous pourrions en ajouter des centaines, tout aussi importants et aussi bien tenus, tels que ceux de M. Émile Duportal, à San-Vicente, de MM. Casares, Guerrico, Unzué, Lincoln, Ortiz, Édouard Olivera[21]. Celles dont je viens de faire la sommaire description suffiront pour démontrer à mes lecteurs les richesses immenses que l'industrie du bétail est appelée à produire dans la République Argentine.

Comme preuve de haut intérêt que porte le gouvernement argentin depuis trente ans à l'œuvre de la colonisation de son vaste territoire et de sa décision à en poursuivre l'exécution, nous reproduisons ici la lettre de félicitation et de remerciements pour notre initiative de colonisation, que nous faisait adresser, en septembre 1854, le gouvernement argentin, sous le général Urquiza, par l'éminent ministre de l'intérieur, M. le docteur Gorostiaga. Le président actuel de la République Argentine, brigadier-général Roca, pénétré de la même décision, disait, dans son dernier message au congrès: «Je crois nécessaire de stimuler la colonisation de nos territoires nationaux en accordant de larges concessions et en protégeant les colons.»

Voici la lettre du ministre de l'intérieur, docteur Gorostiaga:

Parana, 11 septembre 1858.

Monsieur le docteur Brougnes,

«Son Excellence M. le président de la République Argentine a reçu un exemplaire de votre ouvrage intitulé: Extinction du paupérisme agricole par la colonisation dans les provinces de la Plata. La lecture de votre livre a complètement satisfait Son Excellence; elle m'a chargé de vous remercier en son nom, non-seulement de l'envoi d'un exemplaire dudit ouvrage, mais surtout du service important que vous rendez à la confédération, en vous occupant d'un de ses intérêts les plus vitaux, celui d'introduire dans nos contrées des travailleurs honnêtes et laborieux.

«La question que vous avez traitée dans votre livre est frappante de vérité et pleine d'intérêt. Comme vous le dites, les bras surabondent en Europe, où le sol arable est infiniment trop réduit pour sa trop nombreuse population, pendant que nos immenses et fertiles plaines manquent presque totalement de laboureurs. Fournir du sol aux travailleurs agricoles, du travail et la subsistance aux indigents, telle est la question à résoudre au profit de l'Europe et de l'Amérique, question dont vous avez entrepris la solution avec un zèle qui vous honore. Le gouvernement argentin ne négligera rien, pour son compte, et s'imposera tous les sacrifices pour le succès d'une aussi grandiose entreprise.

«Vous trouverez, à la suite de cette lettre, une copie d'un décret du 9 septembre, qui vous prouvera le prix que M. le président de la République fait de vos travaux et de votre activité pour l'accomplissement de l'œuvre dont la direction vous a été confiée, celle d'introduire dans notre pays des émigrants utiles et laborieux.

«En exécutant les ordres de M. le Président, qu'il me soit permis, à mon tour, de vous adresser mes félicitations pour votre important travail, et je vous prie d'agréer l'assurance de ma haute considération,

Le ministre de l'intérieur,
Benjamin GOVOSTIAGA.


DÉCRET

Panama, 9 septembre 1852.

En vue de répandre, dans la République Argentine, les idées bien conçues sur l'émigration européenne et de prouver le grand intérêt que prend le gouvernement pour les travaux des hommes d'intelligence sur cette question, et sur les avantages que l'agriculture, l'industrie, le commerce peuvent retirer de l'exploitation de notre sol,

Le Président de la République Argentine décrète:

Article 1er.—Le livre de M. le docteur Brougnes, intitulé: Extinction du paupérisme agricole par la colonisation dans les provinces de la Plata, sera traduit en espagnol, imprimé et publié aux frais du Trésor National.