Une heure plus tard, des députés de la Ville, précédés d'un tambour et portant le drapeau de la Cité, tentèrent de voir le gouverneur en venant par l'Arsenal et la cour de l'Orme.

Arrivés dans la cour du Passage, ils virent, qu'au mépris du droit des gens et des signaux de paix qu'on leur faisait du haut des tours, on pointait une pièce sur eux; ils retournèrent alors dans la cour de l'Orme. Là, une décharge de mousqueterie tua trois personnes a leurs pieds; ils durent se retirer comme l'avaient fait leurs collègues. Cette décharge avait été exécutée par les Suisses, qui étaient postés dans les parties basses de la forteresse, les invalides postés sur les plates-formes ayant à ce moment levé la crosse en l'air.

Ces députés partis, la lutte recommença avec plus d'acharnement que jamais, mais les Suisses, tant avec leurs fusils qu'avec une amusette du comte de Saxe[36], jonchèrent le sol de cadavres.—Ce que voyant Elie, il s'écria: «Du canon, mes amis, du canon! C'est le seul moyen de réduire la place!»

Malheureusement on ne peut, à ce moment, mettre en batterie que deux pièces, dont une plaquée d'argent, enlevée au garde-meubles et encore sont-elles servies par des mains inexpérimentées.

Mais à cet instant accourt le citoyen Hullin, suivi de trois cents gardes françaises. Il marche entre les gardes Hoche et Lefèbre qui, comme lui, laissèrent un nom glorieux à la postérité.—Avec eux marche le peuple qui traîne deux canons; et dans ses rangs, «admirable de vaillance, de jeunesse, de pureté, l'une des gloires de la France, Marceau[37]!»—Dès lors, le siège commence régulièrement. Le canon du peuple répond au canon de la forteresse et soldats et citoyens rivalisent de valeur.—Tout est en feu devant la Bastille; la fumée de l'incendie cache aux assiégés les mouvements de l'assiégeant.

Un heureux coup de canon, pointé par Elie, met le trouble sur le rempart en tuant un invalide; peu après M. de Monsigny, commandant des canonniers de la place, est frappé en pleine poitrine. Les invalides demandent alors à se rendre et refusent de combattre. De Launay les repousse avec colère, puis, éperdu, court flux Suisses et leur ordonne de continuer un feu à outrance sur le peuple.

Il comprenait enfin la force de ce peuple, dont les rangs grossissaient sans cesse.

Fig. 33.—Portrait du général Marceau.