[Note 24:] On peut même aisément reconnaître aujourd'hui que, par suite de ce caractère bâtard et de cette fausse position, nos corps savans remplissent désormais presque aussi mal les fonctions des ingénieurs que celles des philosophes. C'est ce que témoignent clairement, par exemple, les consultations technologiques journellement émanées de l'Académie des Sciences de Paris, où l'on voit trop souvent prôner de vicieuses innovations pratiques d'après d'insuffisantes considérations théoriques, appuyées de petits essais insignifians, guère plus décisifs, d'ordinaire, que les expériences agricoles si justement ridiculisées. De telles décisions ne rencontrent encore habituellement qu'une aveugle vénération chez un public incompétent, jusqu'à ce que l'application en ait tardivement dévoilé la légèreté. Mais quand elles pourront être convenablement assujetties à une véritable discussion, on ne tardera pas à comprendre que ces corporations équivoques ne se font, en général, aucune idée juste des conditions essentielles propres à garantir la sagesse et la stabilité de leurs jugemens technologiques, et que leurs attributions actuelles à cet égard seraient certainement beaucoup mieux exercées par une compagnie franchement formée de purs ingénieurs judicieusement choisis.
Ces deux élémens hétérogènes coexistent confusément aujourd'hui dans la constitution empirique de nos académies; mais ils tendront évidemment à s'y séparer de plus en plus, soit par l'extension croissante d'un mouvement industriel devenu plus rationnel, soit à mesure que le besoin d'une véritable réorganisation spirituelle sera mieux compris. La majeure partie des savans actuels ira se fondre parmi les purs ingénieurs, pour former une active corporation franchement destinée, sans aucune vaine diversion spéculative, à diriger l'ensemble de l'action de l'homme sur le monde extérieur, d'après des conceptions spécialement adaptées à une telle fin. Mais les plus éminens d'entre eux deviendront, sans doute, le noyau d'une véritable classe philosophique, directement réservée aujourd'hui à conduire la régénération intellectuelle et morale des sociétés modernes, sous l'impulsion permanente d'une commune doctrine positive, instituant une éducation scientifique vraiment générale, à laquelle serait toujours rationnellement subordonnée toute indispensable répartition ultérieure des divers travaux contemplatifs, en déterminant, à chaque époque, l'importance variable que l'ensemble de la situation humaine doit assigner à chaque catégorie abstraite, et, par suite, accordant maintenant la plus haute prépondérance aux études sociales, jusqu'à ce que la régénération finale soit suffisamment avancée[25]. Quant à ceux des savans actuels, ou plutôt de leurs successeurs immédiats, qui seraient incapables de s'élever habituellement à la généralité philosophique, et qui cependant dédaigneraient l'utile office spécial des ingénieurs, il resteront nécessairement, comme tous les êtres équivoques, en dehors de toute hiérarchie régulière, tant qu'ils n'auront pu s'investir convenablement d'un vrai caractère social, soit spéculatif, soit actif. Mais cette exclusion naturelle n'empêchera d'ailleurs aucunement, pendant cette inévitable transition, la juste appréciation continue de leurs propres travaux. Quoique leur étrange prépondérance actuelle doive alors entièrement cesser, ils trouveront chez les véritables philosophes plus d'équité qu'ils n'en montrent aujourd'hui envers eux: parce que la saine généralité fait dignement sentir le prix de toute utile spécialité, quelque rétrécie qu'elle puisse être; tandis que celle-ci, par sa restriction même, inspire l'aversion de toute conception vraiment complète, c'est-à-dire générale. Nulle politique normale ne saurait, en effet, assigner d'office réellement fondamental à des esprits radicalement disparates, dédaignant l'industrie, méconnaissant les beaux-arts, ne pouvant même entre eux ni se comprendre, ni s'estimer, parce que chacun d'eux veut tout ramener au sujet exclusif de son étroite préoccupation, enfin tous incapables, dans les opérations d'ensemble de la vie sociale, de prendre aucune délibération qui leur soit propre, faute d'une doctrine commune, et seulement aptes à fournir à une direction supérieure de précieux renseignemens partiels. On conçoit ainsi le secret instinct personnel qui, malgré de vaines démonstrations, pousse maintenant ces natures bâtardes et incomplètes à désirer involontairement la conservation indéfinie de la philosophie théologico-métaphysique, dont l'impuissance sociale leur permet aujourd'hui, outre le facile mérite d'une opposition banale, la prolongation effective de leur propre ascendant mental, qui serait, au contraire, incompatible avec l'active suprématie d'une philosophie vraiment positive, assignant à chacun, suivant une irrésistible rationnalité, sa fonction et son rang. Ces motifs peuvent aisément expliquer la profonde antipathie qu'inspirent aujourd'hui à ces étranges chefs provisoires de notre évolution mentale tous ceux qui, comme moi, s'efforcent d'instituer enfin, d'après des conceptions suffisamment générales, un véritable gouvernement intellectuel, d'autant plus redouté que sa positivité le rendrait plus efficace contre toutes les influences usurpées[26].
[Note 25:] Quelque inévitable que doive sembler, assurément, d'après nos explications antérieures, la prochaine décadence du régime dispersif propre aux académies scientifiques actuelles, et caractérisé par leur morcellement empirique, le remplacement définitif de ces corporations provisoires par des académies vraiment philosophiques est encore loin d'être immédiatement réalisable, faute d'un suffisant développement et d'une convenable propagation du véritable esprit philosophique. Chez la plus illustre de ces compagnies (l'Académie des Sciences de Paris), il n'existe peut-être aujourd'hui qu'un seul membre qui satisfît dignement aux conditions philosophiques, comme ayant seul judicieusement médité sur la marche réelle de l'esprit humain. Dans une telle situation, ces corporations pourraient, sans changer encore radicalement leur constitution initiale, prolonger et consolider utilement leur existence incomplète, par l'introduction d'une section nouvelle et prépondérante, spécialement consacrée à la physique sociale et à la philosophie positive; la juste suprématie rationnelle de cette section complémentaire étant d'ailleurs régulièrement marquée par son privilége exclusif de fournir toujours le président annuel et le secrétaire perpétuel de l'Académie, ainsi que par la participation déterminée aux délibérations partielles de chacune des autres sections. Malgré que cette institution intermédiaire fût certainement insuffisante pour l'entière régénération de nos Académies, elle pourrait heureusement préparer la transition finale de la constitution scientifique à la vraie constitution philosophique. Toutefois, l'empirisme et l'égoïsme dont le déplorable concours domine de plus en plus aujourd'hui chez de telles compagnies, les pousseront plutôt à écarter de toutes leurs forces un expédient aussi salutaire, qui désormais ne pourrait guère y être introduit que par la sage énergie d'un pouvoir supérieur, dont l'intervention convenable est, à cet égard, très-peu vraisemblable. Il est malheureusement beaucoup plus probable que la déconsidération croissante, à la fois intellectuelle et morale, dont ces corps sont aujourd'hui menacés, par une suite nécessaire du rétrécissement graduel de leurs vues et de la corruption progressive de leur conduite, détermineront, au contraire, leur suppression universelle, hâtée sans doute par l'inévitable accroissement de leurs dissensions intestines, avant le temps où de véritables corporations philosophiques pourront enfin s'élever à leur place.
[Note 26:] Les libres réunions scientifiques qui, depuis quelques années, commencent à se former temporairement sur les divers points principaux de la république européenne, et où le caractère cosmopolite de la science moderne surmonte si honorablement tout esprit de nationalité, peuvent être regardées, à beaucoup d'égards, comme un témoignage spontané d'un sentiment vague mais réel de l'insuffisance actuelle, à la fois mentale et sociale, de nos Académies officielles. Quoique ces rassemblemens périodiques ne puissent constituer jusqu'ici, à vrai dire, que d'heureuses occasions d'un noble divertissement, ils pourront ultérieurement faciliter la réorganisation scientifique dont ils indiquent confusément le besoin instinctif, quand l'apparition d'une véritable philosophie aura permis enfin d'apprécier convenablement, soit la nature propre de cette nouvelle nécessité, soit le mode effectif de régénération.
L'appréciation que nous venons de terminer doit actuellement faire comprendre aussi la sagacité révolutionnaire qui, sous le principal degré de la grande crise politique, avait disposé l'énergie progressive à ne pas excepter les plus estimables compagnies savantes de l'universelle suppression des corporations antérieures, dont l'esprit devait être, en effet, dans les cas même les plus favorables, plus ou moins opposé à la régénération finale. Nous venons de le constater, de la manière la plus décisive, envers une illustre académie qui, après tant d'éminens services partiels, constitue maintenant un puissant obstacle, d'abord intellectuel, et même ensuite moral, à toute véritable organisation spirituelle, par cela seul qu'elle consacre directement l'anarchique prépondérance de l'esprit de détail sur l'esprit d'ensemble, sans lequel ne saurait surgir une construction devenue aujourd'hui le premier besoin social. Toutefois, les illusions métaphysiques propres à l'unique philosophie qui pût alors diriger, avaient dû, à cet égard, ainsi qu'à tout autre, faire prendre une destruction pour une fondation, sans penser que ce qu'il fallait surtout changer, comme étant désormais radicalement nuisible, ce n'était point seulement la constitution légale de ces anciennes corporations, mais le vicieux régime mental dont elles n'offraient qu'une inévitable expression, et sur lequel les mesures politiques ne pouvaient avoir aucune action radicale. Aussi cette suppression prématurée, d'ailleurs si injustement flétrie, qui ne favorisait pas réellement la réorganisation spirituelle, en un temps où elle était encore totalement impossible, fut-elle bientôt suivie d'une facile restauration provisoire, parce qu'elle compromettait inutilement d'importans services partiels. Mais cet inévitable rétablissement, accompagné d'un surcroît essentiel d'attributions sociales, a mis en pleine évidence ultérieure, comme je viens de le montrer, l'entière impuissance politique de la classe scientifique actuelle, et même sa dégénération morale, d'après la vicieuse prolongation d'un régime mental purement provisoire, dont la destination propre était suffisamment accomplie, et qui pourtant n'a jamais été plus absolument prôné que depuis que, par une abusive extension, il est vraiment devenu beaucoup plus rétrograde que progressif. Enfin, je ne dois pas négliger de faire ici ressortir spécialement de cette importante et difficile appréciation, si contraire aux habitudes régnantes, un précieux enseignement social, qui ne pourrait, en aucun autre cas, recevoir spontanément une confirmation aussi décisive. Car, en quelques mains que les vicissitudes naturelles de notre orageuse situation puissent faire successivement passer le pouvoir central, une telle expérience m'autorise pleinement, sans doute, à lui recommander d'avance, avec les plus vives instances, au nom des premiers intérêts sociaux, de ne jamais se désaisir volontairement, même d'après les plus spécieux motifs, des attributions générales qui lui restent encore. Elles ne sauraient être livrées à des organes partiels sans que cette imprudente abdication ne doive gravement entraver une réorganisation fondamentale déjà assez embarrassée, outre son extrême difficulté spontanée, par l'ensemble des vicieuses tendances inhérentes au double mouvement antérieur, aussi bien positif que négatif, soit d'après une spécialité dispersive ou une critique dissolvante, dont les déplorables effets politiques sont d'ailleurs maintenant fort analogues, malgré la diversité d'origine.
Après avoir convenablement apprécié la progression générale du dernier demi-siècle, quant au prolongement de celle de nos quatre évolutions élémentaires qui a maintenant le plus d'importance directe pour la régénération finale, il ne nous reste plus, afin de compléter l'examen de cette époque extrême, de manière à terminer enfin notre grande élaboration historique, qu'à y considérer sommairement le cours simultané de l'évolution philosophique proprement dite, relative au quatrième élément préparatoire de la sociabilité moderne. Par l'inévitable persistance de l'impuissante situation où nous l'avons vu nécessairement amené sous la seconde phase, cet élément préliminaire, qui devait sembler propre à compenser la profonde atteinte temporaire que le mouvement scientifique apportait à l'esprit d'ensemble, n'a réellement tendu, au contraire, qu'à consacrer dogmatiquement cette fatale déviation, en s'efforçant aussi de l'étendre servilement au sujet qui la repousse le plus.
Suivant les explications du chapitre précédent, à mesure que la science, aux seizième et dix-septième siècles, se séparait irrévocablement d'une philosophie caduque, sans pouvoir encore devenir la base d'aucune autre, la philosophie, de son côté, s'isolant toujours davantage de l'évolution scientifique qu'elle dirigeait dès la troisième phase du moyen âge, se restreignait exclusivement à la vaine élaboration immédiate des théories morales et sociales, désormais conçues indépendamment de toute relation permanente aux seules études qui pussent leur fournir des fondemens réels, soit pour la méthode ou pour la doctrine. Depuis l'accomplissement de cette indispensable séparation, il n'a pu, à vrai dire, exister jusqu'ici aucun véritable philosophe, si, ce qui n'est pas contestable, ce titre suppose nécessairement, comme attribut caractéristique, la prépondérance habituelle de l'esprit d'ensemble, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature ou la direction, théologique, métaphysique ou positive. En ce sens, seul rigoureux, le grand Leibnitz aurait effectivement constitué le dernier philosophe moderne; puisque personne après lui, pas même l'illustre Kant, malgré son admirable puissance logique, n'a convenablement rempli encore les conditions de la généralité philosophique, en suffisante harmonie avec l'état avancé de l'évolution mentale. Si la philosophie de l'énergique de Maistre a pu ensuite, à sa manière, sembler vraiment complète, c'est uniquement parce que son caractère rétrograde, qui ne lui permettait qu'un office purement historique, devait, en effet, la dispenser spontanément de la difficile obligation de correspondre simultanément aux divers besoins hétérogènes, en apparence contradictoires et néanmoins également impérieux, qui sont propres à la sociabilité moderne. Aussi, sauf quelques heureux pressentimens exceptionnels d'une prochaine rénovation, ce dernier demi-siècle n'a-t-il pu essentiellement offrir, sous ce rapport, qu'une stérile consécration dogmatique d'une telle situation transitoire, bien loin de tendre à la conduire vers sa véritable issue finale. Néanmoins, comme cette vaine tentative est très propre à caractériser une prétendue philosophie, qui, à défaut de toute autre, doit aujourd'hui rester spécieuse pour beaucoup d'esprits vaguement pénétrés du premier besoin de notre temps, il n'est pas inutile d'en indiquer ici rapidement la saine appréciation historique.
J'ai démontré, aux quarantième et cinquante-unième chapitres, que le véritable esprit général de la philosophie primitive, seule encore existante malgré des modifications de plus en plus destructives, consiste principalement à concevoir l'étude de l'homme, surtout intellectuel et moral, comme entièrement indépendante de celle du monde extérieur, à laquelle, au contraire, elle servirait toujours de base primordiale, en contraste fondamental avec la vraie philosophie définitive. Pour mieux consolider ce caractère commun à toutes les doctrines théologico-métaphysiques, d'une manière plus conforme aux nouvelles prédilections de l'esprit humain, la métaphysique moderne, depuis que la science, affranchie de sa tutelle, développait rapidement la merveilleuse puissance de la méthode positive, voulut aussi, par une étrange inconséquence, que la théologie antérieure eût certainement évitée, justifier sa propre marche d'après un principe logique équivalent à celui de la science elle-même, dont elle comprenait de moins en moins les conditions réelles. Cette tendance spontanée, graduellement prononcée à partir de Locke, a finalement abouti, de nos jours, chez les diverses écoles métaphysiques, sous des formes d'ailleurs adaptées à leurs divergences, à consacrer dogmatiquement cet isolement caractéristique et cette priorité décisive des spéculations morales, en représentant désormais cette prétendue philosophie comme fondée, autant que la science elle-même, sur un ensemble de faits observés. Il a suffi pour cela d'imaginer, parallèlement à la véritable observation, toujours nécessairement extérieure à l'observateur, cette fameuse observation intérieure, qui n'en peut être que la vaine parodie, et suivant laquelle, dans une situation ridiculement contradictoire, notre intelligence se contemplerait elle-même pendant l'exécution habituelle de ses propres actes. Voilà ce qui se formulait doctoralement, tandis que Gall incorporait, d'une manière irrévocable, l'étude des fonctions cérébrales au domaine positif de la science réelle! On sait assez à quelle stérile agitation ce principe illusoire a conduit nécessairement la métaphysique actuelle, qui nous offre partout le spectacle journalier des plus ambitieuses prétentions philosophiques aboutissant enfin à produire, sur l'ancienne philosophie, grecque ou scolastique, des traductions et des commentaires, où l'on ne peut même trouver le plus souvent aucune judicieuse appréciation historique des doctrines correspondantes, faute de toute saine théorie fondamentale relativement à l'évolution réelle de l'esprit humain.
Cette sophistique parodie du régime scientifique, d'abord limitée au seul principe logique, s'est ensuite étendue aussi à la marche générale. La plus servile irrationnalité a fait aveuglément transporter aux études morales et sociales la spécialité caractéristique des études scientifiques proprement dites, au temps même où cette spécialité, longtemps indispensable à la philosophie inorganique d'où elle émanait, était déjà parvenue, comme nous l'avons vu ci-dessus, au terme naturel de son office provisoire. Une philosophie vraiment digne de ce nom, eût alors, conformément à sa destination normale, sagement averti les savans, et surtout les biologistes, de l'immense déviation logique à laquelle ils s'exposaient ainsi de plus en plus en étendant, par une imitation routinière, à la science des corps vivans, où tous les aspects sont radicalement solidaires, un mode d'élaboration qui n'avait pu provisoirement convenir qu'à l'égard des corps inertes. Mais, au lieu de cela, arguer d'un tel entraînement spontané, pour l'aggraver encore davantage en l'appliquant systématiquement à l'étude qui avait toujours été conçue comme exigeant le plus, par sa nature, une indispensable unité permanente; c'est ce qui constitue, à mes yeux, l'un des plus mémorables exemples historiques d'une désastreuse fascination métaphysique, et en même temps un témoignage décisif de la profonde impuissance philosophique propre aux auteurs quelconques d'une aussi stupide aberration. Quand on crut organiser enfin la corporation spéculative, en réunissant périodiquement, dans un même local, et sous un même titre, des classes radicalement hétérogènes, qui ne sauraient encore ni se comprendre ni s'estimer les unes les autres, l'inconcevable aveuglement que je viens de signaler se manifesta directement, de la manière la moins équivoque, par l'irrationnel dépècement de la science morale et politique entre les diverses coteries d'une académie métaphysique, d'après la servile imitation du morcellement provisoire inhérent aux académies positives. Heureusement, Bonaparte, quoique dans une intention rétrograde, détruisit bientôt cette étrange institution, qui ne pouvait réellement servir qu'à concentrer les influences métaphysiques, en un temps où, leur office temporaire étant suffisamment accompli, elles devaient désormais entraver profondément toute véritable réorganisation. Quand un ministre métaphysicien, progressif et organisateur à sa manière, a récemment restauré cette vaine congrégation, il y a fidèlement reproduit ce fractionnement sophistique, que l'état plus avancé de l'évolution mentale permettait certes d'apprécier alors convenablement, mais qui est, en effet, très propre à gêner l'essor des conceptions vraiment philosophiques, en ameutant officiellement, contre leur unité caractéristique, des tendances à tout autre égard discordantes[27]. Chacun connaît d'ailleurs l'étrange complément spécial que cet homme d'état a ensuite ajouté, pour l'histoire, à cette irrationnelle décomposition, dans ce que ses flatteurs ont osé qualifier d'organisation normale des études historiques. On ne saurait aujourd'hui comment nommer ce dernier égarement, si, en réalité, une telle innovation n'était surtout destinée à instituer, envers la presse périodique, un misérable expédient de corruption permanente.
[Note 27:] Si une pareille institution était sérieusement discutable, il serait curieux, par exemple, d'y remarquer comment tout esprit qui aurait aujourd'hui dignement satisfait à la plus importante condition logique, en réunissant convenablement le point de vue philosophique et le point de vue historique, se trouverait, à ce titre même, naturellement exclu d'une Académie que son organisation dispersive et ses habitudes irrationnelles disposeraient toujours à lui préférer spontanément, soit un philosophe étranger aux méditations historiques, soit un historien dépourvu d'études philosophiques.