1o Que Bachelier sera tenu de supprimer, dans tous les exemplaires non écoulés, le carton intitulé Avis de l'éditeur, placé avant la préface du 6me volume de la Philosophie positive, et ce dans les huit jours du présent jugement, sous peine de cinquante francs de dommages-intérêts pour chaque jour de retard, à quoi Bachelier serait contraint par toutes les voies de droit et même par corps;
2o Que les conventions primitivement arrêtées entre les parties sont dès ce moment résiliées, en ce qui touche le droit exclusif réservé à Bachelier de publier les éditions subséquentes dudit ouvrage, à la seule charge par l'auteur de n'en point émettre une nouvelle édition avant l'épuisement de la première;
3o Condamne Bachelier à tous les dépens, même au coût de l'enregistrement du présent jugement.
AVIS DE L'ÉDITEUR.
Au moment de mettre sous presse la Préface de ce volume, je me suis aperçu que l'auteur y injurie M. Arago. Ceux qui savent combien je dois de reconnaissance au Secrétaire de l'Académie des Sciences et du Bureau des Longitudes comprendront que j'aie demandé catégoriquement la suppression d'un passage qui blessait tous mes sentiments. M. Comte s'y est refusé. Dès ce moment je n'avais qu'un parti à prendre, celui de ne pas prêter mon concours à la publication de ce 6e volume. M. Arago, à qui j'ai communiqué cette résolution, m'a forcé d'y renoncer.
«Ne vous inquiétez pas, m'a-t-il dit, des attaques de M. Comte. Si elles en valent la peine, j'y répondrai. La portion du public que ces discussions intéressent sait d'ailleurs très-bien que la mauvaise humeur du philosophe date tout juste de l'époque où M. Sturm fut nommé professeur d'analyse à l'École Polytechnique. Or, avoir conseillé, dans le cercle restreint de mon influence, de préférer un illustre géomètre au concurrent chez lequel je ne voyais de titres mathématiques d'aucune sorte, ni grands ni petits, c'est un acte de ma vie dont je ne saurais me repentir.»
Malgré les incitations si libérales de M. Arago, j'ai cru ne devoir publier cet ouvrage qu'en y joignant une note explicative du débat qui s'est élevé entre M. Comte et moi.
Paris, 16 août 1842.