C'est ainsi qu'après de grands orages passagers, dus surtout à une extrême inégalité d'essor entre les exigences pratiques et les satisfactions théoriques, la philosophie positive, politiquement appliquée, conduira nécessairement l'humanité au système social le plus convenable à sa nature, et qui surpassera beaucoup en homogénéité, en extension et en stabilité tout ce que le passé put jamais offrir.
Tandis que cette triple élaboration simultanée des opinions, des mœurs et des institutions finalement propres à la sociabilité moderne s'accomplira graduellement sous l'impulsion naturelle des événemens les plus décisifs, la philosophie positive manifestera spontanément une quatrième aptitude fondamentale, complémentaire de toutes les autres, et moins soupçonnée aujourd'hui qu'aucune d'elles, en développant de plus en plus la vraie constitution esthétique correspondante à notre civilisation, et si vainement cherchée depuis cinq siècles. On se formerait une notion très-insuffisante de cette nouvelle propriété ultérieure de l'esprit positif, en la réduisant à la seule systématisation de la philosophie générale des beaux-arts, incidemment annoncée au [cinquante-huitième chapitre]. Quelle que doive être, à beaucoup d'égards, la haute importance d'une telle opération philosophique, jusqu'ici essentiellement impossible et même trop prématurée aujourd'hui, comme cependant les meilleures poétiques doivent sans doute fort peu suffire à faire surgir de véritables poètes, il n'y aurait pas lieu certainement à considérer ici l'action esthétique de la philosophie finale, si par sa nature elle ne devait avoir un tout autre caractère essentiel, plus éminent et plus efficace, à la fois mental et social.
En étudiant la marche générale de l'évolution humaine, j'ai fait suffisamment ressortir, surtout aux cinquante-troisième et [cinquante-sixième] chapitres, la destination fondamentale, soit statique, soit dynamique, propre à la vie esthétique dans l'ensemble de notre existence, individuelle ou collective, où son heureuse influence, intermédiaire entre la tendance spéculative et l'impulsion active, doit toujours charmer et améliorer les êtres les plus vulgaires et aussi les plus éminens, en élevant les uns et adoucissant les autres. Sous cet aspect élémentaire, qui deviendra de plus en plus appréciable à mesure que se développera la nouvelle philosophie, les beaux-arts doivent évidemment beaucoup gagner à l'avénement final du régime positif, qui les incorpore dignement à l'économie sociale, à laquelle ils sont jusqu'ici restés essentiellement extérieurs. Nous avons d'ailleurs reconnu, au [cinquante-huitième chapitre], combien l'universelle prépondérance du point de vue humain et l'ascendant correspondant de l'esprit d'ensemble doivent être profondément favorables à l'essor général des dispositions esthétiques, soit dans ce degré modéré qui suffit à déterminer un véritable goût, soit même dans cette intensité privilégiée qui constitue une vocation réelle. Enfin, l'appréciation historique nous avait déjà manifesté, chez les anciens et chez les modernes, la double condition sociale indispensable à la plénitude d'un tel développement, qui exige nécessairement une sociabilité progressive, à la fois fortement caractérisée et profondément stable. D'après ces divers motifs, dont le poids ne peut qu'augmenter, tous les bons esprits sentiront bientôt, malgré des préjugés qui n'ont réellement de force qu'envers l'élaboration préliminaire, les éminentes ressources esthétiques propres à notre véritable avenir.
Les diverses conditions mentales et sociales d'un essor actif des beaux-arts n'ont pu jusqu'ici, comme je l'ai expliqué, se trouver convenablement réunies que sous le régime polythéique de l'antiquité, où il se rapportait surtout à une vie publique très-prononcée et très-durable, caractérisée par l'énergique développement de l'existence militaire, dont l'idéalisation est, à tous égards, essentiellement épuisée. Mais il n'en saurait être ainsi de l'activité laborieuse et pacifique propre à la civilisation moderne, et qui, jusqu'ici à peine ébauchée, n'a pu être encore esthétiquement appréciée, faute de la direction philosophique et de la consistance politique convenables à sa nature: en sorte que l'art moderne, aussi bien que la science et l'industrie elle-même, loin d'avoir déjà vieilli, n'est pas, au fond, suffisamment formé, parce qu'il n'a pu se dégager assez du type antique, qui, malgré son évidente inopportunité, n'a pas perdu, sous ce rapport, la prépondérance provisoire que dut lui procurer notre longue transition. Les admirables productions des cinq derniers siècles ont constaté, sans doute, de la manière la plus irrécusable, contre de vains préjugés, l'inaltérable conservation spontanée des facultés esthétiques de l'humanité, et même leur accroissement continu, malgré le milieu le plus défavorable. Cependant leur ensemble ne doit être regardé, comparativement à l'avenir, que comme constituant une simple préparation naturelle, dont la portion la plus originale et la plus populaire a dû être ordinairement réduite à la vie privée, faute de trouver dans la vie publique une convenable alimentation. À mesure qu'un prochain avenir développera enfin le vrai caractère intellectuel, moral et politique, propre à l'existence moderne, on peut assurer que cette nouvelle vie trouvera bientôt une idéalisation continue. Le double sentiment du vrai et du bon n'y saurait devenir nettement prononcé, sans que le sentiment du beau, qui n'est, en tout genre, que l'instinct de la perfection rapidement appréciée, ne doive aussi partout surgir: en sorte que cette dernière action générale de la philosophie positive est, par sa nature, intimement liée à chacune des trois qui viennent d'être examinées. En outre, la régénération systématique de toutes les conceptions humaines fournira certainement de nouveaux moyens philosophiques à l'essor esthétique, ainsi déjà assuré d'un but éminent et d'une stimulation continue. Pour mieux sentir cette importante appréciation, il faut d'abord franchement reconnaître que la philosophie théologique, d'après l'universelle application spontanée du type humain, qui constitue son véritable esprit élémentaire, devait être longtemps favorable à l'élan direct de l'imagination. Mais cette aptitude initiale était certainement bornée à l'état polythéique, ainsi que je l'ai assez expliqué: le déclin monothéique l'a fait tellement cesser, qu'elle n'a pu se maintenir que d'après l'étrange expédient qui, au milieu du plus fervent christianisme, vint spécialement prolonger, à cet effet, l'ascendant contradictoire de la principale époque religieuse. On peut donc regarder la conception de la divinité, ou plutôt des dieux, comme étant depuis longtemps encore plus radicalement impuissante sous l'aspect esthétique qu'elle ne l'est certainement devenue sous le point de vue intellectuel et même enfin social. Quant à la vaine entité de la Nature, par laquelle la métaphysique a tenté de remplacer cette croyance initiale, sa profonde stérilité organique est assurément aussi évidente en poésie qu'en philosophie et en politique. Il faut peu s'étonner que le sentiment confus de cette double lacune ait souvent conduit à regarder les sources mentales de l'art comme étant essentiellement taries chez ceux qui, ne trouvant point en eux-mêmes une assez intime conviction de l'indestructible spontanéité de la vie esthétique, y doivent exagérer l'importance des impulsions intellectuelles, dont ils ont fait d'ailleurs une appréciation très-insuffisante. Faute d'avoir aperçu le côté positif de l'évolution moderne aussi nettement que son côté négatif, seul compris jusqu'ici, une superficielle observation détermine trop fréquemment, à cet égard, ainsi qu'à tout autre, une sorte de désespoir philosophique, parmi les esprits assez avancés pour sentir d'ailleurs suffisamment l'impossibilité radicale d'une véritable restauration du passé. Mais l'ensemble de la saine théorie historique nous a toujours, au contraire, évidemment manifesté, même à ce titre spécial, la marche croissante de la fondation, solidaire avec celle de la démolition. Le principal résultat philosophique de cette double progression consiste dans la convergence spontanée de toutes les conceptions modernes vers la grande notion de l'Humanité, dont l'active prépondérance finale doit, en tous sens, remplacer l'antique coordination théologico-métaphysique. Or cette nouvelle unité mentale, nécessairement plus complète et plus durable qu'aucune autre, suivant nos dernières explications, comportera certainement, sans aucun artifice, une immense aptitude esthétique, quand elle aura convenablement prévalu. Une telle efficacité spéciale devra être bientôt supérieure à celle qu'a pu jamais montrer la philosophie théologique, même dans sa splendeur polythéique; car, si l'art, qui partout voit ou cherche l'homme, a dû, à ce titre, longtemps sympathiser avec la philosophie initiale qui lui en offrait, à tous égards, la pensée fictive, il devra finalement bien mieux s'adapter à une doctrine fondamentale substituant, à cette représentation chimérique et indirecte, la notion effective et immédiate de la prépondérance humaine envers tous les sujets de nos spéculations habituelles, dès lors circonscrites à l'ordre réel, primitivement inconnu. Il y a certainement, pour ceux qui sauront l'apprécier, une source inépuisable de nouvelle grandeur poétique dans la conception positive de l'homme comme le chef suprême de l'économie naturelle, qu'il modifie sans cesse à son avantage, d'après une sage hardiesse, pleinement affranchie de tout vain scrupule et de toute terreur oppressive, et ne reconnaissant d'autres limites générales que celles relatives à l'ensemble des lois positives dévoilées par notre active intelligence: tandis que jusqu'alors l'humanité restait, au contraire, passivement assujettie, à tous égards, à une arbitraire direction extérieure, d'où devaient toujours dépendre ses entreprises quelconques. L'action de l'homme sur la nature, d'ailleurs si imparfaite encore, n'a pu se manifester suffisamment que chez les modernes, en résultat final d'une pénible évolution sociale, longtemps après que l'essor esthétique correspondant à la philosophie initiale devait être essentiellement épuisé: en sorte qu'elle n'a pu comporter aucune idéalisation. À l'irrationnelle imitation de la poésie antique, l'art moderne a continué à chanter la merveilleuse sagesse de la nature, même depuis que la science réelle a directement constaté, sous tous les aspects importans, l'extrême imperfection de cet ordre si vanté. Quand la fascination théologique ou métaphysique n'empêche point un vrai jugement, chacun sent aujourd'hui que les ouvrages humains, depuis les simples appareils mécaniques jusqu'aux sublimes constructions politiques, sont, en général, très-supérieurs, soit en convenance, soit en simplicité, à tout ce que peut offrir de plus parfait l'économie qu'il ne dirige pas, et où la grandeur des masses constitue seule ordinairement la principale cause des admirations antérieures. C'est donc à chanter les prodiges de l'homme, sa conquête de la nature, les merveilles de sa sociabilité, que le vrai génie esthétique trouvera surtout désormais, sous l'active impulsion de l'esprit positif, une source féconde d'inspirations neuves et puissantes, susceptibles d'une popularité qui n'eut jamais d'équivalent, parce qu'elles seront en pleine harmonie, soit avec le noble instinct de notre supériorité fondamentale, soit avec l'ensemble de nos convictions rationnelles. Le plus éminent poète de notre siècle, le grand Byron, qui a jusqu'ici, à sa manière, mieux pressenti que personne la vraie nature générale de l'existence moderne, à la fois mentale et morale, a seul tenté spontanément cette audacieuse régénération poétique, unique issue de l'art actuel. Sans doute la saine philosophie n'était point alors assez avancée pour permettre à son génie d'apprécier suffisamment, dans notre situation fondamentale, rien au delà de l'aspect purement négatif, qu'il a d'ailleurs admirablement idéalisé, comme je l'ai noté au [cinquante-septième chapitre]. Mais le profond mérite de ses immortelles compositions, et leur immense succès immédiat, malgré de vaines antipathies nationales, chez toutes les populations d'élite, ont déjà rendu irrécusable, soit la puissance esthétique propre à la nouvelle sociabilité, soit la tendance universelle vers une telle rénovation. Tous les esprits vraiment philosophiques peuvent donc comprendre maintenant que l'avénement nécessaire de la réorganisation universelle procurera spontanément à l'art moderne en même temps une inépuisable alimentation, par le spectacle général des merveilles humaines, et une éminente destination sociale, pour faire mieux apprécier l'économie finale. Quoique la philosophie dogmatique doive toujours présider à l'élaboration directe des divers types, intellectuels ou moraux, qu'exigera la nouvelle organisation spirituelle, la participation esthétique deviendra cependant indispensable, soit à leur active propagation, soit même à leur dernière préparation; en sorte que l'art retrouvera ainsi, dans l'avenir positif, un important office politique, essentiellement équivalent, sauf la diversité des régimes, à celui que le passé polythéique lui avait conféré, et qui depuis s'était effacé sous la sombre domination monothéique. Nous devons évidemment écarter ici toute indication générale relative aux nouveaux moyens d'une exécution esthétique qui ne saurait être assez prochaine pour comporter utilement aucune semblable appréciation actuelle. Mais, en évitant, à ce sujet, les discussions prématurées et déplacées, il convient pourtant d'annoncer déjà que l'obligation fondamentale nécessairement imposée à l'art moderne, comme à la science et à l'industrie, de subordonner toutes ses conceptions à l'ensemble des lois réelles, ne tendra nullement à lui ravir la précieuse ressource des êtres fictifs, et le contraindra seulement à lui imprimer une nouvelle direction, conforme à celle que ce puissant artifice logique recevra aussi sous ces deux autres aspects universels. J'ai, par exemple, signalé d'avance, au quarantième chapitre, l'utile emploi scientifique, et même logique, que la saine philosophie biologique pourra désormais retirer de la convenable introduction d'organismes imaginaires, d'ailleurs en pleine harmonie avec toutes les notions vitales: quand l'esprit positif aura suffisamment prévalu, je ne doute pas qu'un tel procédé, essentiellement analogue à la marche actuelle des géomètres en beaucoup de cas importans, ne puisse vraiment faciliter, en biologie, l'essor des conceptions judicieusement systématiques. Or, il est clair que le but et les conditions de l'art doivent y permettre une application bien plus étendue de semblables moyens, dont l'usage théorique deviendrait aisément abusif. Chacun sent d'ailleurs que leur emploi esthétique devra principalement se rapporter à l'organisme humain, supposé modifié, soit en mal, soit surtout en bien, de manière à augmenter convenablement les effets d'art, sans cependant jamais violer les lois fondamentales de la réalité.
Dans cette rapide appréciation de l'action esthétique propre à la philosophie positive, j'ai dû me borner à considérer explicitement le premier de tous les beaux-arts, celui qui, par sa plénitude et sa généralité supérieures, a toujours dominé l'ensemble de leur développement. Mais il est évident que cette régénération de l'art moderne ne saurait être limitée à la seule poésie, d'où elle s'étendra nécessairement aux quatre autres moyens fondamentaux d'expression idéale, suivant l'ordre indiqué par leur hiérarchie naturelle, signalée au cinquante-troisième chapitre. Ainsi, l'esprit positif, qui, tant qu'il est resté à sa phase mathématique initiale, a dû sembler mériter les reproches habituels de tendance antiesthétique, que lui adresse encore injustement une appréciation routinière, deviendra finalement, au contraire, d'après son entière systématisation sociologique, la principale base d'une organisation esthétique non moins indispensable que la rénovation mentale et sociale dont elle est nécessairement inséparable.
Cette triple élaboration positive, toujours dominée par un même principe fondamental, conduira donc certainement l'humanité au régime universel le plus conforme à sa nature, où tous nos attributs caractéristiques trouveront habituellement à la fois la plus parfaite consolidation respective, la plus complète harmonie mutuelle, et le plus libre essor commun. Immédiatement destinée à l'ensemble de l'occident européen, les cinq élémens essentiels de cette noble élite de notre espèce y apporteront chacun l'indispensable participation continue de son génie propre, annonçant déjà, par un tel concours, leur intime combinaison ultérieure. Sous la salutaire prépondérance, également philosophique et politique, assurée à l'esprit français d'après l'ensemble de la transition moderne, l'esprit anglais y fera puissamment sentir sa prédilection caractéristique pour la réalité et l'utilité, l'esprit allemand y appliquera son aptitude native aux généralisations systématiques, l'esprit italien y fera convenablement pénétrer son admirable spontanéité esthétique, enfin l'esprit espagnol y introduira son double sentiment familier de la dignité personnelle et de la fraternité universelle.
En achevant ici cette rapide indication générale de l'action définitive propre à la philosophie positive que je me suis efforcé de constituer par l'ensemble de ce Traité, j'ai donc enfin terminé complétement la longue et difficile opération que j'ai osé concevoir et exécuter pour renouveler convenablement aujourd'hui la grande impulsion philosophique de Bacon et Descartes, qui, ayant dû se rapporter surtout à l'élaboration préliminaire de la positivité rationnelle, devait se trouver essentiellement épuisée depuis que, d'après le suffisant accomplissement d'une telle préparation, l'esprit humain était conduit à aborder directement la rénovation finale, qui n'avait pu être d'abord que confusément entrevue, et qui maintenant devait correspondre aux irrécusables exigences d'une situation sans exemple, où l'intervention philosophique doit radicalement dissiper une anarchie toujours imminente, en transformant l'agitation révolutionnaire en activité organique. Dans le cours d'un travail que les embarras de ma position ont fait durer douze ans, mon intelligence, à l'âge de la pleine ardeur, a nécessairement marché, en reproduisant personnellement, avec une fidélité spontanée, selon mon plan primitif, les principales phases successives de cette moderne évolution mentale. Mais cet inévitable progrès a toujours été, j'ose le dire, entièrement homogène, comme chaque lecteur peut maintenant s'en convaincre d'après le parfait accord de ces trois chapitres extrêmes de conclusions générales avec les deux premiers chapitres d'introduction fondamentale: la longue élaboration intermédiaire est d'ailleurs restée constamment conforme aux conditions scrupuleuses d'une exacte continuité, à la fois logique et scientifique. Un simple rapprochement entre la table totale des matières et le tableau synoptique initial pourra même aisément rappeler ci-dessous que le plan originaire n'a jamais subi aucune altération réelle, au moins quant à l'ordre des diverses parties, dont l'extension proportionnelle a seule éprouvé un accroissement imprévu envers la science finale que j'avais à créer, et qui, en conséquence, ne pouvait d'abord être aussi précisément mesurée que les différentes sciences préliminaires déjà constituées. Même en ayant égard à cette unique exception, tous les bons esprits reconnaîtront, j'espère, que, dans cette appréciation systématique de tous les élémens essentiels propres à la philosophie fondamentale, chacun d'eux a reçu spontanément le développement effectif que méritait, au fond, sa véritable importance philosophique.
Par cette universelle élaboration, mon intelligence, aussi complétement dégagée de toute métaphysique que de toute théologie, se trouve donc parvenue enfin à l'état pleinement positif, où elle tente d'attirer tous les penseurs énergiques, pour y construire en commun la systématisation finale de la raison moderne. Il me reste maintenant à annoncer ici la part personnelle que je me propose de prendre ultérieurement à cette construction directe, après l'avoir convenablement instituée dans le Traité que je viens d'achever, et qui devient désormais le simple point de départ général de tous les travaux réservés à mon âge d'entière maturité. En indiquant ces quatre ouvrages essentiels, je vais les mentionner suivant l'ordre où je les ai successivement conçus, dès la première origine de ce Traité fondamental, mais en avertissant déjà que je ne m'engage nullement à le suivre, et que je me réserve, à cet égard, toute la liberté d'exécution que me procure désormais la base universelle que je viens de poser, et dont je puis toujours, sans aucune inconséquence, varier à mon gré l'application spéciale, soit d'après les exigences plus ou moins éventuelles du grand mouvement philosophique, soit même selon les seules convenances de ma situation personnelle: tandis qu'il ne pouvait en être ainsi auparavant, vu l'inflexible nécessité de suivre scrupuleusement, à tout prix, l'ordre unique qui correspondait à une telle fondation, en écartant avec une invariable opiniâtreté les divers conseils irrationnels qu'une sollicitude peu judicieuse m'avait souvent donnés jadis sur le morcellement arbitraire de la composition actuelle. Au reste, je terminerai cette indication par la discussion rapide du meilleur ordre d'une telle élaboration, étant d'ailleurs très-disposé maintenant à accueillir avec reconnaissance les réflexions que pourraient m'adresser à ce sujet tous ceux qui, ayant suffisamment compris la nature et la portée de cette nouvelle philosophie, s'intéressent aujourd'hui à son essor ultérieur.
Deux de ces ouvrages seront directement destinés à consolider méthodiquement le nouveau système philosophique; les deux autres se rapporteront surtout à son application générale.