Empressement filial des apôtres. Les uns rappellent tous les secours qu'ils ont reçus de la divine mère:

Quand nous estions désolez,

Par vostre regard qui recrée

Ez cueurs estions consolez, etc., etc., etc.

Les autres ne savent qu'exprimer leur chagrin. Les femmes ne peuvent consentir à cette mort: «Restez, restez Marie! qu'allons-nous devenir?» Nouveau coup de tonnerre... Tous les assistans tombent soudainement dans un sommeil profond, excepté les apôtres. Une odeur suave de parfums célestes s'exhale dans la maison. Les anges descendent, enlèvent Marie au plus haut des cieux qui apparaissent; saint Pierre chante l'In exitu Israel, et Satan rugit avec ses démons dans le séjour infernal. Tel est, en abrégé, ce cinquième livre, le plus beau de tous. Nous pouvons garantir que, si, partout ailleurs, l'ouvrage a pu gagner à être présenté par extrait, ici, la plupart du temps, il a beaucoup perdu. Quiconque voudra juger de la distance que le génie sait mettre entre lui et la médiocrité, dans la manière de traiter le même sujet, n'a qu'à lire le Mystère du trespassement de Nostre-Dame, composé par un chartreux de Paris, en 1478.

Les évènemens se pressent avec beaucoup de confusion dans le sixième Livre, illustré par cinq martyres, une conversion royale et nombre de miracles. En Éthiopie, saint Mathieu meurt assassiné par le prince Hittacus, furieux des conversions du roi son père, et d'Éphigénie sa sœur. En Myrmidonie, saint André a plus de bonheur, mais ce n'est pas sans peine. Il fait éclater la foudre sur la tête de Sostrates, mère barbare qui, brûlant pour son fils d'un amour criminel, l'avait accusé de tentative d'inceste sur elle-même. C'est le sujet de Phèdre inventé, car il est fort douteux que les Grébans aient eu connaissance d'Euripide. En Scythie, saint Philippe échappe à mille dangers, aussi bien que saint Paul en Achaïe. A Babylone, saint Simon et saint Jude meurent par les ordres de l'évêque païen, pour avoir opéré des miracles. Enfin, saint Barthélemy, que le prince de Babylone, Astragès, poursuit de sa haine, subit la flagellation, puis est écorché vif par les mains d'un certain bourreau qui se retrouve partout; personnage multiple, scélérat facétieux, dont la gaîté féroce, en contraste avec ces scènes sanglantes, fait l'amusement du peuple, à la grande honte du poète. Ce plaisant bourreau tranche du grand seigneur; il fait sa généalogie, laquelle n'est point féodale: son aïeul fut pendu, son père brûlé, sa mère poursuivie comme sorcière et infanticide, son frère aîné décollé pour meurtre, son cadet bouilli pour fausse monnaie; ce qui lui donne une fierté singulière; il y a de quoi, mais passons.

Septième Livre. Encore trois martyres dans ce livre; celui de saint Thomas aux Indes, commandé par l'évêque du temple du Soleil, après que l'apôtre a converti la belle-sœur du roi Migdéus, et réduit en poudre le temple et la statue du Soleil; celui de saint Mathias, lapidé par les Juifs; et celui de saint André, mis en Croix sur l'ordre d'Égée, prévôt d'Achaïe, pour avoir baptisé Maximilla, femme de ce magistrat. La prédication de saint Thomas débute par une invocation très poétique:

Dieu qui aux humains es propice.

Conforte moy, conseille moy!

A toy me rends, je suis à toy;