Autre ne vueil, autre ne quiers;

A joinctes mains je te requiers

Qu'il te plaise à moy conseiller, etc., etc., etc.

Les démons, irrités du succès des apôtres, se donnent rendez-vous sur la terre, et s'y partagent les professions, pour y combattre l'Église naissante. L'un sera usurier, l'autre marchand, un troisième avocat, celui-ci entremetteur de cour, celui-là sorcier, cet autre séducteur des dames, et enfin le plus méchant, conseiller du roi, pour l'engager à conquérir. N'est-ce pas là une satire ingénieuse? En vérité, les Grébans ont autant d'esprit que de sentiment. Le fanatisme, qui foule tout aux pieds, apparaît bien dans sa force, à l'occasion du martyre de saint André. En effet, cet apôtre commence par guérir, d'une maladie mortelle, Maximilla, l'épouse chérie d'Égée. Le mari ne met d'abord aucune borne à l'expression de sa reconnaissance; mais, sitôt que sa femme s'est rendue chrétienne, il n'écoute plus rien, et fait crucifier l'apôtre libérateur. Cela est aussi vrai que dramatique. Simon Magus et Néron, vers la fin de ce Livre, occupent la scène pour ne plus guère la quitter.

Huitième livre. Il faut peu s'arrêter aux martyres de saint Philippe à Hiéropolis, de saint Mathias et de saint Jacques le Mineur en Judée; les circonstances qui les accompagnent ne présentent rien de particulier à notre objet; le fort de l'action est tout entier, maintenant, dans Rome, où saint Pierre, devant Néron, fait assaut, avec Simon Magus, de prédications et de prodiges. Les Romains, frappés d'étonnement, écoutent la voix de saint Pierre. La rage de Néron s'en augmente contre les chrétiens, et Paul accourt pour seconder les glorieux travaux de son compagnon, auquel il rend hommage comme à son chef. Sans doute les discours sont trop longs, et toujours d'un ton trop familier; mais, en somme, le spectacle a de la grandeur et de la vie. C'est une belle situation que celle où saint Paul, pour donner plus de poids à ses paroles, confesse publiquement à l'empereur ses iniquités passées:

Sire, je fus dès ma jeunesse

Pervers, inique exécuteur,

Et des bons grant persécuteur, etc., etc., etc.

Celle où saint Pierre installe Clément sur la chaire pontificale, comme son successeur, est noble et imposante, malgré l'anachronisme. Il est à observer que le poète n'oublie aucun des grands ressorts de son sujet.

Neuvième Livre. Le dénouement approche: Simon Magus, constamment vaincu par saint Pierre, veut tenter un dernier effort: il appelle donc à lui les esprits infernaux; et, fort de leur secours, il promet à Néron, qui le protège, de s'élever dans les airs, en défiant l'apôtre d'en faire autant. Saint Pierre invoque à son tour la divinité permanable, et accepte le défi. On sait ce qui arrive. Simon Magus s'élève en effet; mais, à la voix de l'apôtre, il tombe mort, et les diables entraînent son ame. Alors Néron fait jeter Pierre et Paul dans les prisons, sous la garde de Procès et de Martinien. Vaine fureur! les deux gardiens se font chrétiens dans la prison même, et délivrent les prisonniers. Ce triomphe de la vérité dans les fers offre encore une belle situation, que le martyre des nouveaux convertis rend d'ailleurs pathétique. Néron ne se possède plus: il ordonne enfin de crucifier saint Pierre et de trancher seulement la tête à Saint Paul, en sa qualité de citoyen romain. Saint Pierre, avant de marcher au supplice, invite ses frères les chrétiens à prier pour soutenir son courage. Oraison des chrétiens. Les deux apôtres s'embrassent; saint Paul dit à son ami: