»Piccatis cœlum posse videre datur.»
Cette pièce offre une particularité qu'on peut appeler un tour de force en versification; chaque strophe commence par une lettre de l'alphabet différente à commencer par l'A jusqu'au V, sans qu'on sente le moindre effort. En vérité ces esprits-là sont de bien beaux esprits.
Comme Tonellus allait se pendre avec le licou d'une jument, son ami Salvignus arrive pour l'en empêcher. Ici commence un dialogue entre les deux bergers qui fait le sujet de la cinquième églogue. D'abord Salvignus presse Tonellus de lui confier la cause de son chagrin. Tonellus l'envoie promener. L'ami ne se rebute pas et redouble ses prières affectueuses. L'amant désespéré lui répond que plutôt que d'être sorti du ventre de sa mère, il aimerait mieux être un champignon né du pissat bouillant d'un âne, ou même un étron de chien. C'est là de l'amour ou jamais il n'y en eut au monde. Salvignus réplique par un trait sublime à cette ordure; qui s'en serait douté? «Ah! Tonell', mon cher, dit-il, on ne doit point se désespérer. Songe que le désespoir de Judas fit plus de peine à Jésus-Christ que son crime!» Les plus belles pensées chrétiennes n'ont rien de plus beau. Cependant Tonellus, de plus en plus sollicité, avoue son amour pour Zanina, la fille de Pietro Gambone, les mépris dont cette fille l'abreuve, la douleur mortelle qu'il en ressent, et son ferme dessein de se pendre. Salvignus l'appelle fort justement tête sans cervelle! et lui conseille de retourner plutôt curer ses étables où le fumier pourrit. «Tout ce que tu me dis, reprend Tonellus, m'entre par une oreille et me sort par l'autre, et ton babil me rompt la tête.»
Istam meam rupit circumparlatio testam,
Per dextramque intrans, lævam passavit orrechiam.
Là dessus Salvignus s'emporte contre l'amour et le nomme, sans façon, fils de p...., sans épargner Zanina. Cette sortie met Tonellus en fureur. Il souhaite à Salvignus une bonne fistule qui lui mange le nez. «Quod mangiare viam possit tibi phistola nasum!—Mais du moins si tu veux aimer, aime Thomassine; celle-là ne te fera pas souffrir.—Que veux-tu? j'aime Zanina.» Sur ce, Salvignus, voyant qu'il n'y a pas moyen de convertir Tonellus, pour l'empêcher de se pendre, lui promet de lui amener Zanina. Ici finit l'idylle cinquième où l'on trouve beaucoup de sentiment, de naturel et de comique en très mauvaise compagnie. Trois années s'écoulent, et Tonellus enfin désabusé s'unit à Thomassine. Bien des gens en auront du regret et peut-être eussent-ils mieux aimé voir Zanina se rendre et avoir ensuite une fistule au bout du nez pour apprendre à faire ainsi la farouche et la superbe, pendant trois ans, au milieu des vaches; mais l'histoire est plus morale comme elle est.
Les amateurs du vin s'amuseront de la sixième églogue; car ce n'est rien qu'une scène d'ivresse entre Tonellus et Pedralus exactement décrite.
La septième et dernière églogue semblerait presque une satire du genre pastoral, tant la nature y est grossièrement représentée. La scène se passe entre Tonellus, Pedralus, Gelmina et Bigolin. Pendant que Pedralus est en train de raconter à Tonellus je ne sais quelle historiette qu'il n'a pas le temps d'achever, Gelmina sa maîtresse l'appelle. Tonellus veut inutilement le retenir pour apprendre la fin du conte, Pedralus va trouver Gelmina derrière une haie voisine, et le lecteur peut faire les frais d'imaginer ce qui se passe entre les amans. Tonellus, pour se désennuyer, aborde Bigolin qu'il aperçoit dans la plaine. Bigolin, qui n'est pas en humeur de rire ni de causer, le reçoit avec rudesse. On en vient aux gros mots, puis aux coups. Bigolin est d'abord le battu; mais il se relève et se venge sur son adversaire si violemment et si salement, que celui-ci demande secours et merci. Gelmina et Pedralus reviennent aux cris de Tonellus et mettent la paix non sans peine.
Tu, Tonelle, manens lascivas pasce capellas.
Tu, Bigoline, casam redeas; injuria nulla est.