Bele est humaine, e nete e pure, etc., etc., etc.

Tout cela est peu poétique, il faut l'avouer; mais, du moins, le trouvère Landry se tient dans la règle: il n'a en vue, dans le Portrait de l'Épouse, que la beauté morale, dans les transports de l'Époux que l'amour divin, la bonté divine, la divine grâce, et jetterait plutôt ses trois mille vers au feu, que de reconnaître, dans le Sir hazirim, du Sage, un épithalame charnel en l'honneur de son épouse préférée, la fille de Pharaon. C'est un mérite, après tout; car, osons le dire, il est facile de se tromper dans cette circonstance. Les plus saints auteurs l'avaient bien senti, lorsqu'ils confessaient que ceci n'était pas le lait des petits enfans, non lac parvulorum, mais le pain des forts, sed esca solida et cibus perfectorum. Origène et saint Jérôme rapportent que les maîtres de la loi hébraïque ne permettaient la lecture et la transcription du Cantique des Cantiques, à aucun de leurs disciples, avant l'âge de trente ans. Saint Denis exigeait une entière pureté pour le lire; car tout est chaste aux chastes, comme dit saint Paul, et tout est impur aux impurs; mundis esse omnia munda, immundis autem nihil esse mundum.

C'est ce que rappelle Titelman dans la Préface de son Commentaire sur ce beau poème sacré; et il ajoute, en la finissant:

«Loin d'ici, loin d'ici, profanes! ce lieu est un lieu saint; passez!... Ce n'est pas pour vous que chante Salomon... Vous ne trouvez là ni les champs de Vénus, ni les jardins d'Adonis, que vous cherchez... Allez rejoindre vos sirènes, afin qu'elles vous entraînent dans les syrthes et dans Charybde!... Enivrez-vous des breuvages de Circé, qui vous transformeront en bêtes! Pour nous, l'Époux, c'est Dieu même qui veut nous embraser des feux de son amour, et à qui nous offrons nos vœux et nos cœurs!... Amen.»

François Titelman, dont Ladvocat fait mention, et dont d'autres biographes ne disent mot (tant il est vrai que les meilleurs dictionnaires historiques modernes ne dispensent pas toujours des anciens); Titelman, disons-nous, né au pays de Liége, vers 1500, savant moine capucin à Rome, célèbre par ses écrits contre Érasme, ne le fut pas moins par son Commentaire sur le Cantique des Cantiques. On ne sait pourquoi Palissot prétendit que ce travail avait servi de type au railleur Saint-Hyacinthe, pour son chef-d'œuvre d'un Inconnu. Cette assertion ne prouverait-elle point que Palissot ne l'avait pas lu? En tout cas, elle contredit l'opinion commune, qui désigne les scholies oiseuses et pédantesques des savans hollandais sur les classiques anciens, comme les véritables types de la piquante satire précitée. Elle ne contredit pas moins la raison; car, si le Commentaire de Titelman est surchargé de longueurs et de subtilités, il s'en faut qu'il soit vide et ridicule; il est même souvent très ingénieux et très solide, plus rempli de philosophie morale qu'on n'en devait attendre d'un théologien scolastique du XVIe siècle, beaucoup moins cru dans ses nudités que les livres de Sanchez; si bien que la lecture en est raisonnable aujourd'hui même. Il eut les honneurs de deux éditions dans Paris, l'une in-folio, de 1546, l'autre in-12, de 1550, et reçut l'approbation solennelle des docteurs de Louvain. Une table analytique excellente le précède, qui en facilite singulièrement l'usage, et montre tout d'abord le sens caché des expressions capitales. Ensuite, l'auteur entreprend les huit chapitres, un à un, et fait voir, dans le premier, la voix de l'Église appelant l'avènement du Christ; dans le second, la voix du Sauveur; dans le troisième, celle de l'Église élue, touchant les Gentils; dans le quatrième, encore celle du Christ; dans le cinquième, encore celle de l'Église, touchant le Christ; dans le sixième, celle de la Synagogue, adressée à l'Église; dans le septième, celle du Christ sur la Synagogue; et enfin, dans le huitième, celle des patriarches sur Jésus-Christ. Les orateurs sacrés ont dû puiser plus d'une fois dans Titelman; s'ils ne l'ont pas fait, il est, pour eux, une mine fraîche à exploiter, soit pour les images, soit pour les sentimens; car ce commentateur est aussi vif qu'animé. Eh! comment rester froid, en étudiant le poème de Salomon? Vainement ses traducteurs les plus austères, tels que saint Jérôme, le Gros, Sacy, ont-ils essayé d'en tempérer les flammes par une chaste gravité, l'ame ardente s'y trahit toujours; c'est toujours de la passion en mouvement; ce sont deux jeunes cœurs qui se cherchent, s'abordent, s'éloignent, ou sont éloignés par des hasards importuns, qui s'appellent dans l'absence, se retrouvent, s'aiment, et se séparent pour se retrouver encore; et cela dans un style enchanté, brûlant, vivant de charme et de tendresse. La simple, mais fidèle prose de l'abbé le Gros, suffit pour le témoigner; elle laisse bien loin derrière elle toute la poésie de Voltaire..... «Que vous êtes belle, mon amie, que vous êtes belle!.... Sans parler de ce qui doit être tenu secret, vos yeux sont comme des colombes....; chacune de vos joues est comme une moitié de pomme de grenade..... Vous m'avez enlevé le cœur, ma sœur, mon épouse, vous m'avez enlevé le cœur par l'un des regards de vos yeux..... Adjuro vos, filiæ Jerusalem, per capreas cervosque camporum, ne suscitetis, neque evigilare faciatis dilectam quoad usque ipsa velit..... Je vous adjure, filles de Jérusalem! par les chèvres et les cerfs de nos champs, ne l'éveillez pas! ne troublez pas le sommeil de mon amie jusqu'à ce qu'elle le veuille (et ces douces paroles sont répétées comme en refrain)..... Retirez-vous, Aquilon! venez, ô vent du midi! soufflez de toute part dans mon jardin, et que les parfums en découlent! etc.» On ne finirait pas les citations, s'il ne fallait finir. En tout, que ces Hébreux sont poètes! et que le temps ajoute de puissance à leurs écrits! Le docteur Lowth a raison: profanes, nous n'avons personne à leur comparer, personne, car Homère est des leurs, par sa nature et par son âge.


SALUSTII PHILOSOPHI
DE DIIS ET MUNDO;

LEO ALLATIUS

Nunc primus è tenebris eruit et latinè vertit, juxtà exemplar Romæ impressum. (Anno 1638.) Lugd.-Batav. ex officinâ Johannis Maire. ↀ.Ⅾ.CXXXIX.

SIMUL
DEMOPHILI, DEMOCRATIS ET SECUNDI,
VETERUM PHILOSOPHORUM
SENTENTIÆ MORALES.