Nunc primum editæ a Luca Holstenio, juxtà exemplar Romæ impressum (1638). Lugd.-Batav., ex officinâ Johannis Maire. 2 tom. en 1 vol., pet. in-12, gr. lat., seu commun. ↀ.Ⅾ.CXXXIX.

(340 avant J.-C., et de notre ère, 320, 369, 1638-39-88.)

Le célèbre Gabriel Naudé publia, pour la première fois, à Rome, en 1638, sur les travaux de Léon Allatius (Allacci) et de Lucas Holstein, les écrits philosophiques de Salluste, Démophile, Démocrate et de Secundus, en deux jolis tomes in-12, dont notre édition de 1639 est la reproduction fidéle. Plus tard, Thomas Gale S. les a insérés dans son précieux recueil, intitulé: Opuscula mythologica, physica et ethica[11]. Si l'on veut quelques détails sur ces quatre anciens philosophes, il faut recourir directement à leurs éditeurs; car les biographes ne parlent pas des trois derniers, et se bornent à dire de Salluste (Secundus Sallustius Promotius), qu'il était patricien gaulois; qu'il fut préfet des Gaules sous Constance; que, devenu l'ami de Julien, il suivit la fortune de cet empereur philosophe, après la mort duquel il refusa l'empire; qu'il contribua, en 367, à l'élection de Valentinien, et ne fit plus parler de lui depuis l'an 369. M. Weiss ajoute que le père Kircher qualifie le livre de Diis et mundo de Libellus aureus. Le lecteur français pourra juger, par l'analyse que nous en donnerons, et mieux encore par la traduction qu'en a faite M. Formey[12], que cet éloge n'est pas toujours exagéré.

SALLUSTE.

On voit, dans la bibliothèque de Photius, qu'au rapport de Damascius, Salluste fut un philosophe de la secte cynique, de celle qui ne suit pas les chemins battus, qui rompt en visière au genre humain, et s'exerce à la vertu par de rudes épreuves. Cet homme austère, bravant les veilles et les fatigues, s'endurcissait l'ame et le corps, et allait au bien, par la souffrance, tête haute; il marchait pieds nus, et fit ainsi presque le tour du monde alors habité. Il était éloquent, de la grande éloquence antique, et savait tout Démosthène par cœur. Suidas dit de lui qu'il était satirique et malin, tournant les méchans en ridicule. Un grand, nommé Pamprépius, lui ayant une fois demandé ce que les dieux étaient aux hommes, il lui répondit: «nul doute que je ne sois pas un Dieu, et que vous ne soyez pas un homme.» Il se piquait de divination, regardait les gens aux yeux, et leur prédisait une mort violente quand il leur voyait une abondance d'humidité autour des pupilles. On assure qu'il détourna son disciple Athénodore de la philosophie qu'enseignait Proclus, qu'il appelait une flamme dévorante. Comment cela serait-il vrai, si, comme la plupart des historiens l'attestent, Proclus fleurissait seulement dans le Ve siècle? Mais, si cela est vrai, ne serait-ce point que Salluste était en défiance de l'imagination de ce philosophe et de ses chimères métaphysiques, lui qui ramenait toute la science au gouvernement de soi-même; en quoi il se montre bien autrement solide que Proclus, éclectique ingénieux, rêveur et parleur séduisant, et rien de plus? Au surplus, le même doute qui plane sur le temps précis où vivait Salluste existe sur son origine; quelques uns, le faisant naître en Syrie, dans la ville d'Esème, et lui donnant pour père Basilis, et pour mère Théoclée. Quant à son livre, il est composé de XXI chapitres, dans le premier desquels l'auteur annonce un grand sens, en demandant que ceux qu'on veut instruire des choses divines soient formés, dès l'enfance, aux notions universelles hors de toute discussion, telles que la souveraine bonté de Dieu, son immutabilité, son impassibilité, son essence immatérielle, son éternité. Il fait ensuite, d'une façon très spirituelle, l'apologie des fables. Elles sont utiles, selon lui, au commun des hommes qui méprisent la vérité toute nue, faute de la pouvoir comprendre, et aux philosophes qu'elles tiennent en haleine. Il distingue cinq espèces de fables: les théologiques, les naturelles, les animales, les matérielles et les mixtes, et fait dériver, de ces cinq espèces, toutes les allégories tant religieuses que morales de la mythologie, ainsi que les cérémonies des différens cultes, si variées, et si propres à resserrer les liens de l'homme avec la divinité; c'est, en quelque sorte, un abrégé du Génie des religions, qu'il ramène au sens philosophique à travers ce labyrinthe d'obscurités. Sa théorie toute fabuleuse des dieux se présente après ces prémices et sous leur autorité. Arrivé à la métaphysique et à la morale, il fait le monde éternel, comme étant une émanation de Dieu, qui n'a pu rien acquérir ni rien perdre en aucun temps; et reconnaît l'immatérialité, l'immortalité de l'ame, l'action réciproque de l'ame sur le corps et du corps sur l'ame, sans expliquer ces phénomènes inexplicables autrement que par une comparaison avec le machiniste qui fait mouvoir ses machines d'elles-mêmes, sans cesser d'être soumis à leur action. La providence lui est démontrée par l'ordre de l'univers, et la cause finale de toutes choses par la structure de leurs parties et le jeu de leurs fonctions. A son avis, les vertus naissent du triple concours de l'exacte raison, de la bonne éducation, et de l'exercice régulier des facultés humaines; comme les vices, des principes contraires. Il découvre trois élémens dans notre ame, la raison, la colère et le désir; de là trois élémens dans la république: le prince, le soldat et le peuple, sources dont se combinent les trois gouvernemens monarchique, aristocratique et démocratique, lesquels, par l'excès, dégénèrent en tyrannie, en olygarchie, en démocratie pure. Mais pourquoi y a-t-il du mal dans le monde? Éternelle question, à laquelle il fait l'éternelle réponse. A proprement parler, il n'y a point de mal; car le mal, n'étant que l'absence du bien, comme les ténèbres ne sont que l'absence de la lumière, n'est rien par lui-même. Ce que nous appelons mal, dans un sens absolu, rentre toujours, par quelque endroit, dans l'ordre général; et même, par rapport à nous, le mal, c'est à dire le crime, est prévenu par la science, la religion, la discipline, réprimé par les lois, et, après notre mort, expié par les dieux et les démons. Mais pourquoi, si Dieu est incommutable, se fâche-t-il, se laisse-t-il fléchir? etc.; il n'en est rien. Dieu ne s'irrite point contre les méchans; seulement les méchans s'éloignent de la nature toute exquise de Dieu, par le crime, et s'en rapprochent par le repentir et par l'expiation. Le monde est incorruptible, venant de Dieu; autrement, il faudrait que le feu se consumât, que l'eau se desséchât, ce qui est absurde. Après la mort, les bons, unis à la nature divine, concourent avec elle au gouvernement de l'univers. Ainsi finit Salluste. C'est un esprit borné en physique et en métaphysique, parce qu'il ne procède point, par la voie de l'expérience et de l'analyse, comme nos grands esprits modernes l'ont fait, ce que de nouveaux esprits chimériques se lassent, bien à tort, de faire; mais ce n'est pas moins un homme supérieur, parce qu'il est sage et religieux. Nul mortel n'est vraiment lumineux que par ses vertus.

DÉMOPHILE.

Lucas Holstein ignore, comme tout le monde, qui était et ce qu'était Démophile; il ne connaît que deux personnages de ce nom: l'un, qui fut mathématicien, et laissa des scolies sur Ptolémée; l'autre, évêque hétérodoxe de Constantinople; il conclut à reconnaître le premier pour l'auteur de ce livre moral, divisé en deux parties, la première des Similitudes, la seconde des Sentences pythagoriciennes. Tout ce qu'il y a de grandeur morale dans l'antiquité se rattache à ce nom sacré de Pythagore.

SIMILITUDES.

La flatterie est comme une armure peinte; cela ne sert à rien.

L'esprit des sages pèse comme l'or.