Baldus le haut sonnant, dont le nom Rabatjoye

Epouvante la terre et les enfers dévoye.


Après une invocation aux muses grivoises et gourmandes, le poète met en scène un fameux chevalier français, nommé Guy, descendant de Renaud de Montauban: c'est le plus grand brise-lance de la cour de France. Le roi en fait un cas particulier, et sa fille Balduine encore plus; Balduine, princesse accomplie, vrai trésor de beauté. Un tournoi est crié à Paris. Guy ne manque pas de s'y rendre sur un cheval d'Espagne fier et agile. En saluant l'assemblée, il voit Balduine et en tombe épris, lui jusque-là si rebelle à la tendresse, et tellement qu'il en perd la force et le sentiment. Il se retire de la lice, se jette sur son lit et ne songe plus à combattre. Le roi l'envoie chercher par Sinibalde, l'écuyer et l'ami de ce nouveau martyr de l'amour, qu'il fait aussi prier par un de ses propres chevaliers. Guy céde à tant d'instances, revient au tournoi, renverse dix adversaires sans débrider, gagne le prix, assiste au festin royal, et la table levée, emmène Balduine et sort de France.

2e Chant. Les deux amans gagnent les Alpes, déguisés en mendians. Ils manquent de tout et marchent à pied. La fille des rois a ses pieds délicats tout en sang. Elle devient grosse dans ce triste et pourtant mille fois heureux voyage. Le couple amoureux arrive en Italie. A Cipade, petite ville du Brescian, il reçoit l'hospitalité d'un généreux paysan, appelé Berte Panade. Rien de si touchant que le détail de cette réception. Berte est d'un caractère joyeux et franc. Il donne à ses hôtes tout ce qu'il a et leur propose de demeurer avec lui toute leur vie. Guy accepte la proposition pour sa chère Balduine; il lui fait la cuisine de ses mains guerrières, et Balduine sourit de sa gaucherie, en épluchant elle-même des ciboules de ses mains royales. Guy veut aller conquérir tout au moins un marquisat pour son amante; il la quitte et la laisse évanouie entre les bras de Berthe Panade. Balduine propose à Berthe de l'épouser pour le public, afin d'autoriser ses couches. La chose est convenue, et la princesse accouche d'un fils qu'elle nomme Baldus, qu'elle soigne de son mieux, qui sera le plus vaillant des chevaliers; mais, en attendant, le deuxième chant finit.

3e Chant. Le petit Baldus ou Balde est une merveille de force, d'adresse et de bravoure dès son enfance. Il néglige les écoles, mais son intelligence ne s'en développe que mieux. Il ne rêve que combats; il devient l'admiration par sa générosité, comme l'effroi par son audace, de la jeunesse du canton. Dans une fête donnée à la ville voisine, il remporte le prix de tous les jeux. Un mauvais petit comte Lanorce lui cherche querelle; il le renverse d'un coup de pierre et fait fuir toute sa troupe de petits courtisans. Poursuivi par un grand flandrin du comte Lanorce qui est un Hercule de carrefour, Balde se retourne et plonge son épée dans le nombril du flandrin Lancelot; après quoi il se retire tranquillement chez sa mère. Des sergens viennent l'y chercher de la part du prévôt. Il est à grande peine garrotté, puis traîné en prison. Heureusement l'honnête gentilhomme Sordelle, juge du lieu, à qui Balde raconte son aventure, lui donne raison et en fait son page favori. Cependant Berthe Panade avait épousé jadis une fille nommée Duine, laquelle mourut après avoir mis au monde un gros garçon nommé Zambelle.

4e Chant. Balde, en grandissant, ne dément pas son enfance. Il devient la terreur de Cipade; il se moque du juge Gaïoffe, et prend pour compagnons les plus terribles sujets de la ville qui veulent le faire roi: c'est un Fracasse dit le géant, descendu de Morgant le Majeur, un Cingart dit le subtil, le forceur de serrures, le larron du tronc des églises, un Folquet moitié homme moitié lévrier, et d'autres gens de même farine. Balde enlève la jeune et belle bourgeoise Berthe qu'il épouse avec l'aveu de son patron le juge Sordelle. Il en a deux gentils poupins, Grillon et Fanet. Zambelle, de son côté, qui passait pour le frère consanguin de Balde, épouse Lène. Balde rend la vie insupportable à son prétendu frère, tellement que celui-ci porte ses plaintes à Tognazze, vieillard d'autorité dans Cipade. Tognazze dénonce Balde au sénat de Cipade présidé par le juge Gaïoffe. Ce juge, déjà prévenu contre l'accusé, révèle sa fausse naissance et lance, contre celui qu'il appelle un garnement, mille imprécations. Le juge Sordelle veut prendre la parole en faveur de son page chéri; mais il balbutie, se retire, et, quelques heures après, meurt, non sans soupçon de poison.

5e Chant. Gaïoffe et son sénat avisent secrètement aux moyens de saisir Balde et de le pendre. On convient d'user de ruse. L'adroit estafier Spingart lui est donc dépêché pour le solliciter, en apparence, de venir prendre le commandement des soldats de Mantoue contre les Allemands qui sont descendus dans le Milanais. Spingart trouve Balde avec ses amis Fracasse et Cingart le subtil. Ce dernier évente la fourbe et détourne Balde de se rendre au vœu du sénat; mais le héros ne saurait prendre conseil que de son intrépidité. Seul il se rend à la ville, entre au palais qu'il voit garni de soldats. On veut se jeter sur lui par derrière. Il se défend durant six heures et tue nombre de gens. Enfin il est abattu, lié et plongé, de par le juge Gaïoffe, dans un affreux cachot. La description de ce combat est vive et pittoresque:

Cum quali furia taurus sub amore Vedelli,

Millibus a canibus quum assaltatur in agro,