On rencontre, dans la 13e, tout le sujet de l'opéra de Stratonice; mais nous ne pousserons pas plus loin cette analyse, ne sachant pas le grec, et le faux Aristenète ne nous paraissant pas d'ailleurs mériter une plus longue mention. M. Boissonade a dédié son édition à M. Villemain, l'intention est honorable: toutefois l'hommage est fort au dessous d'un talent si élevé, si pur, et aussi d'un éditeur si savant. On trouve, dans le tome 3, de la bibliothèque ancienne et moderne de Jean Leclerc, une analyse très courte d'Aristenète, à laquelle celle-ci peut servir d'appendice.


ALCIPHRONIS RHETORIS EPISTOLÆ.

Gr. lat. ad editionem S. Bergleri, accuratissimè impressæ Trajecti ad Rhenum, apud B. Wild. et J. Alheer. (1 vol. in-8, Charta magna.) M.DCC.XCI.

(350-1715-91-98.)

1o. Philoscaphe[14], après trois jours d'horrible tempête, la mer est redevenue tranquille.—Dès les premiers rayons du soleil, nous avons embarqué nos filets.—Les voilà jetés!—Dieu! quelle provision de poisson! nos filets se rompent.—Nous avons porté notre butin, du promontoire de Phalère, à la ville. On nous a compté de bel argent, et nous avons eu, de reste, bon nombre de fretin à porter à nos femmes et à nos enfans.

2o. Cyrton, c'est en vain que nous pêchons jour et nuit:—la proie nous échappe.—C'est comme le tonneau des Danaïdes.—Cependant on ne se remplit pas le ventre avec des coquilles.—Notre maître veut du poisson et de l'argent.—Dernièrement il a commandé des provisions à notre jeune camarade Hermon.—Le pauvre enfant s'en est allé à Lesbos, privant ainsi notre maître d'un bon serviteur, et nous d'un bon compagnon.

3o. Galatée, c'est une belle chose que la terre ferme; elle vous nourrit et vous abrite, comme disent les Athéniens.—Là, point de flots écumans prêts à vous engloutir.—L'autre jour, à Athènes, j'attendais, dans la galerie de Pécilé, un de ces chanteurs enluminés, aux pieds nus, qui chantait je ne sais quel poème d'Aratus sur les dangers de la navigation.—Il avait raison, ma femme; pourquoi ne pas fuir le voisinage de la mort, puisque nous avons des enfans?—Nous n'avons pas grand'chose à leur donner; mais, du moins, nous les sauverons des flots; ils laboureront la terre, et vivront sans crainte.

4o. Tritonide, nous autres pêcheurs, ne ressemblons pas plus aux habitans des villes et des campagnes, que la mer ne ressemble à la terre.—Ceux-là sont empêchés de leurs affaires et de celles de la république, et attendent leur prix de la glèbe indocile: pour nous la mer est la vie, et la terre la mort, comme l'air est la mort pour les poissons.—D'où vient donc, ma femme, que tu quittes fréquemment ces rivages, pour aller célébrer, avec les riches femmes d'Athènes, la fête des Rameaux et celle de Bacchus?—Ce n'est pas pour cela que ton père d'Égine t'a fait naître et t'a élevée!—Si tu aimes la ville, va-t'en pour toujours! si tu aimes la vie des marins, reste avec ton mari, et oublie les trompeuses joies des cités.

5o. Euthybule, tu n'as pas pris en moi une femme vulgaire.—Sosthènes, mon père, et ma mère Démophile, m'ont donné une dot pour que nous eussions ensemble des enfans libres.—Cependant la volupté t'emporte:—Tu négliges et délaisses tes enfans:—Tu fréquentes cette Hermione, qui tient une maison de louage à Galène, où les jeunes marins vont faire toute sorte de débauches, et qui reçoit des présens du premier venu.—Tu es vieux; c'est pourquoi, non content de lui faire des cadeaux de pêcheur, tels que des surmulets et des anchois, tu lui donnes des réseaux de Milet et des robes de Sicile, avec de l'or en sus.—Finis cette vie indolente, ou laisse-moi retourner chez mon père.