Ce qui veut dire, d'après saint Mathieu: «O bon et fidèle serviteur, réjouissez-vous; parce que vous avez été fidèle en de petites choses, je vous établirai sur de grandes! Entrez dans la joie de votre Seigneur.»
An 950. 5o. Le Roman de Philumena. Cette chronique fabuleuse peut jusqu'ici passer pour le plus ancien de nos romans, avec la Chronique latine de Turpin, que dom Rivet n'est pas éloigné de croire postérieure. Le savant bénédictin dit que cet ouvrage, de l'an 950 environ, était déjà réputé si vieux, en 1015 et 1019, quand Bernard, abbé de Notre-Dame-de-la-Grasse, le fit traduire en latin, qu'on le supposait composé du temps même de Charlemagne. Le sujet en est le triomphe de cet empereur sur Martaut, roi des Sarrasins, sous les murs de Notre-Dame-de-la-Grasse, et la prise de Narbonne par les Français. L'auteur, Philumena, se dit historiographe de Charlemagne. S'il dit vrai, il est l'aîné des auteurs nationaux. Son ouvrage existait en Languedoc manuscrit dans la bibliothèque de M. Ranchin, conseiller au parlement de Toulouse. C'est peut-être là que l'historien Catel a pu le consulter, et en tirer les documens curieux qu'il nous donne dans son histoire, pages 404-547-69. Le traducteur latin fut un nommé Gilles, qu'ailleurs on nomme quelquefois Vidal, ou Vital. Cependant, sur l'exemplaire de la traduction qui se conserve dans la bibliothèque laurentienne, à Florence, le nom du traducteur est Paduanus. Un grand combat y est décrit entre Roland et Martaud. Il y est dit qu'au siége de Narbonne, un chevalier du pays assista si bien Charlemagne, qu'après la ville prise, l'empereur donna à ce chevalier, qui s'appelait Aymery, la troisième partie de la seigneurie de Narbonne, avec les gouvernemens de Béziers, Agde, Maguelonne, Uzès, Nismes, Arles, Avignon, Orange, Lyon, Carcassonne, Tolose, Rodez, Cahors, Collioure, Gironde, Barcelone, et lui dit: per Narbonam eris dux, et per Tolosam comes. Le second tiers de Narbonne fut donné à l'archevêque et le dernier aux Juifs. Tout le livre est en prose, ainsi que celui de Turpin. M. Raynouard, dans sa Grammaire romane, en cite plusieurs passages, tels que ceux-ci: «Quascuna de las parts partic se, los crestias gausens, elhs Sarrasis dolens... Karles maines dix: adonques aissi sia, si a Thomos platze a toitz...» «e Karles, quanto o hac ausit, se gracias a Dieu e lanzors.... Karles partic se de sa compayhna, e anec ferir lo rei de Fudelha, aissi que elh e'lh caval fendec per mieg.....»
An 988. 6o. Lambeaux de Vers fournis par l'abbé Lebeuf, d'après un Ms. de saint Benoît sur Loire du XIe siècle, et qu'il croit composés dans le Xe.
«Nos jove omne quan Dius estam
»De grand Follia per Folledar parlam
»Quar no nos membra per cui vivri esperam
»Qui nos soste tanquam per terra nam
»E qui nos pais que no murem de fam...
»Nos e molt libres e troban