Arrêtons donc, sans scrupule, un instant nos regards sur les premiers bienfaits de la presse.

1o et 2o. En 1457, nous voyons publier à Mayence, par les deux principaux inventeurs, le Psalmorum codex, déjà cité, et peut-être aussi, à Cologne, chez Quentel, le Donatus, ou le livre de Donat, sur l'instruction grammaticale. Nous disons peut-être, parce que, suivant Maittaire, on a bien pu omettre un C dans la date M.CCCC.LVII, auquel cas le livre serait postérieur d'un siècle, ce qui serait un grand déshonneur pour lui. Poursuivons.

3o et 4o. En 1459, à Mayence, par les mêmes inventeurs, Faust et Schoëffer, le Rationalis divinorum officiorum Gulielmi Durandi codex, et le Psalterium Davidicum, le second des innombrables psautiers.

5o et 6o. En 1460, à Mayence toujours, et toujours par les inventeurs, le Catholicon et le Clementis papæ quinti constitutionum codex. Notez que le Catholicon ne porte pas de nom d'imprimeur.

7o. En 1461, à Venise, par Nicolas Jenson, le Decor Puellarum, ou la Beauté des jeunes Filles; bien entendu qu'il s'agit ici de la beauté morale. L'imprimerie, qui devait, plus tard, s'émanciper cruellement, fut d'abord toute grave et toute chaste. Au surplus, la date de ce livre n'est rien moins que garantie. Plus probablement, elle doit être rapportée à l'année 1471, temps où Jenson fleurissait à Venise. Ce Jenson était Français d'origine. Pourquoi a-t-il laissé à des étrangers l'honneur d'introduire son art dans sa patrie?

8o et 9o. En 1462, à Mayence, à peu près dans le même temps que les Sermones Gabriel Biel, la célèbre Biblia latina, si belle et si chère. C'est la seconde Bible, ou la première, en ne comptant pas la Bible à 42 lignes, sans date. Aujourd'hui circulent plusieurs milliers d'éditions différentes de ce livre des livres.

10o. En 1464, Biblia latina, par Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburger. C'est la troisième Bible.

11o, 12o et 13o. En 1465, année plantureuse pour la presse, trois ouvrages précieux: 1o Lactantii institutiones, imprimées sans nom d'imprimeur, dans le monastère de Subbiaco, états romains; 2o Sexti decretalium, Bonifacii VIII libri opus preclarum, à Mayence, par Jean Faust et Schoëffer. Nous possédons un magnifique exemplaire de ce livre, sur membrane, contenant 137 feuillets. Maittaire ne connaît, de cet ouvrage, aucun exemplaire sur peau vélin, hormis dans l'édition de 1473, qui est la cinquième. Il faut avoir senti la volupté de posséder un livre que Maittaire n'a pas connu pour la bien apprécier: l'amant le plus heureux en serait jaloux[7]; 3o, à Mayence, Ciceronis officia et paradoxa.

C'est le premier livre classique imprimé. Un tel hommage revenait à Cicéron.

14o et 15o. En 1466, à Augsbourg, Biblia latina, par Jean Bemler, et Grammatica rhythmica.