Et comme Mathieu l’interrompait, Hourgues reprit:

«Pas explicitement, non; il ne se fût pas permis d’être explicite et il lui déplaisait de parler longtemps de quelqu’un qui lui était cher. Ses phrases confuses me semblaient parfois d’une insupportable amertume... Un homme dur, je l’accorde, mais si perspicace! Se rendant compte de son aridité, de sa solitude de vieil arbre tordu, de sa stérilité, il vous souhaitait une vie abondante et féconde.

—Voyons, Hourgues! répondit Mathieu, d’une voix assez coupante, il est mort: n’en profitez pas pour le glorifier tout de suite, comme font les bourgeois.

—Je vais croire, dit Hourgues, que vous le regrettez vraiment.»

Ils parlèrent d’autre chose.

«Et quels sont vos projets pour l’avenir? demandait Hourgues.

—Oh! je ne sais pas encore. Aller aux colonies, peut-être; y travailler. Là-bas, on trouve à s’occuper de tous côtés et de mille manières.

—C’est choisir une villégiature bien lointaine, lorsque, ici où nous sommes, vous en avez une sous la main.

—Vous voulez dire que mon oncle...

—Il m’en a fait part lui-même. Je me souviens de ses paroles: «Puisqu’il tient tant à être libre, ce gaillard, au moins que je lui en procure les moyens!» M. Mesnard vous a donc laissé Villedon et toute sa considérable fortune... Le bout du monde, c’est loin, mon cher Mathieu, le climat y fût-il incomparable... Installez-vous dans votre famille, car je n’oublie pas votre affectueux propos; installez-vous à Villedon.