—Mais, non, Madame, pas du tout. Il m’a étonné d’abord: je ne m’attendais guère à ce ton presque religieux, à tant de noblesse alliée à tant de précision. Cela n’a rien d’ennuyeux, au contraire.
—Voyez-vous, mon mari est un type, un brave homme aussi. Vous vous habituerez à lui. Ses discours, ses sermons... il n’y a qu’à le laisser dire, à ne pas l’écouter. Ça vient par crises. En affaires, il est remarquable. Oh! oui, un drôle de mélange et, je le répète, le brave homme reparaît toujours.
—Je n’en doute pas... Votre troupe m’intéresse déjà prodigieusement, Madame; je voudrais l’étudier de près.
—Vous y trouverez de quoi vous amuser. Tenez, promenons-nous un peu. Je vous servirai de guide. Saviez-vous que j’étais française?... C’est bon de se sentir en France, d’y rester quelques mois, sans bouger... Si longtemps que je n’y étais revenue! Ça console de l’Amérique.
—M. Randal semble doué d’un rare instinct d’organisation; mon gérant m’a donné certains détails vraiment surprenants.
—Une grosse boîte... Si James n’était pas là pour diriger, pour surveiller, elle crèverait de partout... J’ai entrevu M. Hourgues; sa fillette est bien gentille.
—Charmante; sa femme aussi.
—Attention! voilà un de nos courtiers: M. Boucbélère... Bonjour, Boucbélère! Vous désirez parler à mon mari? Je devine à votre figure que vous apportez du nouveau...»
Et, s’adressant à Mathieu:
«Quand Boucbélère fait une découverte, il prend l’expression accablée qui convient: son trésor est trop lourd. Comme dit James, sans rire: il arrive chargé des péchés du monde.