—Ah! c’est qu’il y avait de l’argot de Paris, s’écria Boucbélère d’une voix alliacée, si vous voulez...
—Merci, je dois la connaître, interrompit Mathieu, craignant qu’il ne recommençât.
—Un de ces soirs, fit Avery Leslie, moi aussi, je vous chanterai une chanson. Je l’ai entendue, d’abord, en me promenant sur les quais du Havre, la nuit, devant les bateaux, et je n’ai pas été long à l’apprendre... Je ne sais pas qui la chantait. C’est une chanson pour monter le long de la corde oblique, avec le balancier ou le parasol. Elle exprime le danger, la joie, l’espoir d’arriver et la prudence qu’il faut garder jusqu’au bout, et l’impatience qui me travaille à mi-chemin... Je la chanterai en moi-même, pour moi-même; elle sera mon guide... Non, je ne vous la chanterai pas ici, car vous n’entendriez rien du tout; c’est une chanson pour le cœur.
—Et comment avez-vous senti que cette chanson vous était destinée?
—Je vais vous le dire, monsieur Mathieu, mais il ne faudra pas vous moquer... Tous ces cordages, n’est-ce pas, tendus devant la mer, éclairés par la lune et les feux, et qui s’entre-croisaient, cela me faisait tourner la tête; je souffrais de ce vertige dont j’ai peur quand je travaille... Mais la chanson montait si droit, malgré les ficelles et les lumières, qu’elle me rendait toute ma confiance, tout mon équilibre; le malaise disparut et j’appris la chanson.
—Mon cher Leslie, répondit Mathieu, chacun de nous a besoin d’une chanson pareille pour les passages difficiles de sa vie, mais certains ne la trouvent jamais; il faut, je crois, la mériter d’abord, à votre façon.
—Tu vois, Avery, dit Sam Harland, que M. Mathieu n’avait pas envie de se moquer de toi.»
Auprès des autres causeries, plus bruyantes, celle-ci, à voix presque basse, se perpétuait entre Mathieu, le danseur de corde et l’écuyer.
«Déjà, dit Mathieu, quand vous montez le long de la corde, vous avez soin de fixer votre regard à son extrémité. Vous ne faites pas autre chose, quand vous chantez en vous-même: vous fixez votre pensée...
—Oh! oui!...