Allait-il entendre un cours d’équitation sentimentale? Il avait mis pied à terre aussi et se tenait près d’elle, encore essoufflé, toujours furieux. Il se reprit un peu, pour la complimenter sur son art d’amazone; il dut le faire habilement, car elle sourit, mais il se trouvait ridicule et en avait honte... Et puis, surtout, il eût voulu savoir ce que pensait Mme Randal.

«Si je monte à peu près bien, dit-elle, ce n’est pas venu tout seul, croyez-moi! les débuts furent pénibles; mais cela me plaisait et j’aime les chevaux... Tiens! voilà Sam Harland... Sam! ramenez donc Mouse et Flea à l’écurie; bouchonnez-les et mettez-leur des couvertures.»

Harland considéra d’un air scandalisé les deux bêtes en sueur.

«Oh!... c’est du joli! D’ailleurs, je le prévoyais: je venais pour cela, Madame.»

Il passa les brides à ses bras et, comme il s’en allait, son regard chargé de reproches s’appesantit sur Mathieu.

«Maintenant, regagnons chacun notre logis.

—Déjà, Madame! Vous n’attendrez pas un instant? Nous voilà seuls... Je désirais tant vous revoir, vous serrer la main! Tout à l’heure, j’avais l’impression que vous tentiez de m’échapper, quand vous galopiez devant moi, sur la prairie... et j’en souffrais; je vous admirais parce que vous me paraissiez si belle, et je vous détestais parce que vous tâchiez de me fuir... car c’est bien cela que vous faisiez, n’est-ce pas?

—Oh! monsieur Delannes!... répondit la voix triste d’Ida.

—Mais la course est finie: je retrouve mon amie d’il y a huit jours, à qui j’ai si souvent pensé depuis...»

Mathieu ressentit au même moment une gêne horrible qui dura juste le temps d’une fulguration, pas assez pour qu’il interrompît sa phrase: gêne d’avoir adressé maintes fois des paroles analogues, sur un ton très passionné, à de petites Parisiennes accueillantes.