«... Si souvent, reprit-il, et avec tant de sollicitude!»

En achevant, Mathieu se découvrait de nouveau une âme obscure.

«Non, c’est faux!

—Oh! je sais bien! vous ne croirez pas un mot de ce que je dis, et cela est tout naturel... Comment pourriez-vous me connaître?...»

Mathieu rendait la main au mensonge. Mieux encore que Flea traversant la prairie ensoleillée, le mensonge était lancé pour une longue course.

Et Mathieu parla.

Il parla avec ferveur, avec subtilité, sur un ton de franchise ouverte et parfois de supplication. Il ne parlait pas pour lui-même: il faisait parler un homme épris qui avoue enfin son beau désir; il parlait bien. Son inconsciente méthode fut retorse: trop évidente, trop simple, car on ne ment pas aussi simplement, elle valait par l’accent. Il se trouvait à ce tournant de la vie où un hasard vraiment divin fait apparaître cela même qu’on attendait, dont la venue est un éblouissement: l’amour. Il disait le premier soubresaut qui, devant la merveille, laisse interdit, et la peur que cette présence donne et la déroute où elle jette qui la brave... Mesure de la voix, sincérité, sobriété du geste, expressions de la face allant du pathétique au douloureux, rien n’y manquait! même pas l’aveu couvert de la mauvaise foi... (tant de brusque hardiesse était inconcevable, on ne pouvait admettre la plénitude d’un tel cœur!... sans doute... et cependant...), puis, ce fut une prière très humble, toute basse, qui se troublait, qui s’égarait, qui ne s’affermissait que par l’espérance lointaine d’être agréée enfin et qui, devant une chimère si folle, renonçait aussitôt, ou faisait semblant.

«Taisez-vous, monsieur Delannes!»

Cri de colère? non: de détresse tout au plus.

Et Mme Randal parla à son tour.