XXI

Ida Randal parlait avec modération, sur un ton de froideur calculée, cependant sa bouche était instable, son regard un peu fixe; ses mains aussi obéissaient mal, tremblaient. Elle ne contrôlait parfaitement que sa voix.

«La dernière scène, je devrais dire la dernière réprimande, car James ordonne et punit mais jamais ne se fâche, fut au sujet de cette danse de music-hall que j’invente et qu’il déclare «indigne d’une chrétienne». Comme si un sketch devait avoir les qualités d’un sermon!».

Que James Randal fût un honnête homme, méritant l’estime et certaine admiration, un homme d’élite à sa manière, cela ne se discutait pas, étant reconnu d’avance; néanmoins, on peut juger diversement un prophète, directeur de cirque, suivant qu’on l’étudie au sein de sa tribu et de sa troupe, dans l’exercice de ses fonctions, ou qu’on l’envisage en chemise.—Ida Randal ne disait rien d’autre.

Pour ce qui était de cette danse «indigne d’une chrétienne», la description terne et brève qu’elle en donna ne permettait guère de l’imaginer. En vérité, l’incident s’était produit dans des circonstances moins sommaires.

On réservait d’habitude certain hangar, meublé d’un piano et de quelques banquettes, à des répétitions de music-hall qui n’exigeaient ni décor ni figuration; une estrade dressée au fond suffisait amplement à tous les besoins. Dans ce hangar dénommé «salle d’études», Ida était entrée, la veille, suivie d’un nègre qui posa sur le piano des musiques diverses.

«Vous jouerez, dit-elle, les numéros 7, 14 et 57, à la suite.»

Par son sketch de danse, «lever du jour», elle comptait rendre sensible l’attente anxieuse, l’exaltation et la joie d’un être devant l’aube et l’aurore. De semblables «chorégraphies décoratives» avaient fait un certain bruit, surtout dans les grandes villes, et lui attiraient force compliments. Des critiques réputés s’y intéressèrent au point de lui consacrer de longs articles, et l’affiche ne laissait pas ignorer qu’elle imaginait elle-même ces séduisantes créations.

Elle écouta les trois mélodies correspondant aux trois moments de la danse, fit des recommandations précises à l’accompagnateur et monta sur les planches.

Quelqu’un poussait la porte du hangar.