«Rentrez dans une demi-heure: vous me trouverez chez vous.»
Le filet avait été mis en lieu sûr; Harland et Plug s’éloignaient.
«Venez-vous avec moi jusqu’au camp? dit Leslie à Mathieu.
—Bien volontiers, mon cher, et j’en profite pour vous féliciter... Très réussies, cette montée, cette descente... M. Randal sera content.
—La descente, oui, on applaudira, on aura l’impression d’étrangler, d’étouffer, ce qui ravit le public, mais moi, c’est la montée que je préfère: cela signifie quelque chose... Pendant la montée, je me répète la chanson dont nous parlions, l’autre soir, et je l’entends. Je quitte la terre, je m’élève à cause d’elle. Je deviens de plus en plus pur, je chante cette chanson pour moi-même, je sens que je m’éloigne du mal, que je monte vers ce qui est beau, vers ce qui est bon, vers ce que chante ma chanson, et un jour, ou peut-être cette nuit de lune où je serai vêtu de noir, la chanson m’entraînera plus haut encore, si haut! si haut que j’atteindrai le ciel, et alors je serai heureux.
—Vous deviendrez un grand danseur de corde, Avery...
—Si Dieu le veut... Mais vous voici arrivé. Vous verrai-je demain?
—Assurément.»
Mathieu se dirigea vers son logis où il savait trouver Ida. Il songeait en marchant.
«Pourquoi pas une amie, puisque je ne l’aime pas d’amour? Cet enfant est plus près du grand amour que je ne fus jamais... Je la vois souvent, je crois l’aimer quand je suis auprès d’elle, mais c’est tout autre chose, l’amour!»