—Je ne sais pas réfléchir: ça fait du mal et ça rend triste.

—Enfin les autres parlent dans les coins, tout bas, comme s’ils se confiaient des secrets...

—Eh bien, moi, j’affirme qu’on ne parle pas dans les coins pour dire la vérité, parce que la vérité se dit tout haut: on parle dans les coins seulement lorsqu’on a honte ou que l’on invente un mensonge.

—Ma chère!... quel âge avez-vous?

—Cinquante et un ans, au jour de l’Indépendance.

—Quand vous parlez ainsi, je vous en donnerais douze!»

Joy-for-ever s’agitait sur sa chaise.

«Mais regardez donc ses yeux! s’écria-t-elle. On n’a pas des yeux pareils si l’on fait ce que vous dites!... Et lui, ce bon sourire!... aurait-il ce bon sourire? Je ne savais pas qu’un Français pût sourire comme ça!... Oh! vilaine! qui pensez à des choses abominables!... Vilaine!... j’ai tort de vous écouter!»

Et Joy-for-ever, frappée, moins par l’odieux de tels soupçons que par leur absurdité bien évidente, fut prise d’un accès de gaîté, fut saisie, soudain, d’un rire de délivrance qui la secoua tout entière.

«Maintenant, je vais revoir les comptes de ce mois, dit-elle en se levant, car il me manque deux francs soixante-quinze.