D’un geste un peu nerveux, il saisit le livre relié de noir, aux tranches usées, qui restait ouvert sur le bureau.

«Ce livre que j’ai tant lu, dit-il, je ne sais plus le lire, et cela aussi me fait peur. Il me donne mille réponses contradictoires, au lieu d’une seule que je lui demande, persuasive et déterminante... Je n’ai pas le cœur assez pur, sans doute, pour puiser à la source de toute vérité.»

Sur sa bouche sévère, passa comme une affreuse grimace d’ironie.

«Assurément, ce serait un vilain spectacle que celui de James Randal obéissant, parce qu’il est un homme pareil aux autres, à cette colère, à ce mépris, à ce dégoût qui l’obsèdent, lui qui se vantait d’agir suivant une règle supérieure, une règle révélée!»

Et il ajouta, sur quel ton naïf et pathétique:

«Puisque la balance est fausse, comment saurai-je vous punir?...»

Doucement, sans lever les yeux, Mme Randal l’interrompit:

«Non pas, James!... Je pense que vous voulez dire: «comment saurai-je vous juger?»

—Je disais «vous punir», affirma-t-il, et je disais bien! Le punir, lui, pour avoir envahi le verger du maître afin d’en voler les fruits; vous punir, vous, pour avoir mal gardé l’honneur de l’homme auquel vous étiez liée par serment...»

Son visage s’empourpra soudain.