Quelques instants plus tard, il dormait, ronflant dur.
Au dehors, le parc de Villedon et le bord de la forêt se couvraient d’ombre: le soir tombait; la nuit saurait-elle rafraîchir l’air de cette épaisse journée?
James Randal travaillait dans son bureau, entouré de brochures et d’indicateurs de chemins de fer. Il venait de poser sa plume et relisait des paperasses qu’il tenait à la main. Certaines furent réunies sous des pinces; d’autres, jetées au fond d’un tiroir.
Comme on frappait:
«Entrez,» dit-il.
Ida Randal et Mathieu Delannes s’arrêtèrent debout devant la porte refermée.
«Ah! c’est vous!» s’écria Randal.
Il se tut, un moment; mais quand il se mit à parler de nouveau, ce fut sur le ton sec d’un homme qui tient à régler rapidement une affaire à laquelle il a déjà réfléchi et dont il n’attend nulle surprise. Il n’y avait plus là que le directeur du Randal Circus.
«Le scandale, dit-il, a donc éclaté depuis hier: le cirque tout entier sait votre crime; à moi-même vingt voix indignées l’ont dénoncé, qui me suppliaient de chasser cette femme de devant mes yeux, ce que je compte faire... Je vous chasse! je vous chasse l’un et l’autre! partez!—Sans doute aurez-vous du plaisir à apprendre que Sam Harland, lorsqu’il eut appris, lorsqu’il eut vu l’abominable forfait doublé de parjure, est devenu fou furieux. Pour qu’il ne blesse pas inconsidérément la tendre chair de M. Delannes, je l’ai fait enchaîner tout de suite au fond de son écurie, où il se trouve maintenant et hurle depuis l’aube. Il a hurlé aussi une partie de la nuit dernière. Je l’emmènerai après-demain et le confierai à un asile.—Femme! voici vos papiers, dans cette enveloppe: vous n’aurez pas de peine à continuer, comme il vous plaira, une vie sans honneur.—Quant à vous, je n’ai rien à vous dire, sinon que nos comptes sont liquidés. Je les ai remis à M. Hourgues, votre gérant, qui les approuve... Je vous ai maintenant assez vus tous les deux: partez! mais, d’abord, voici la sentence; mûrissez-la dans votre esprit; c’est vous-même qui vous l’êtes infligée... elle est sans rémission possible... Par conséquent, écoutez bien: si jamais vous quittez cette femme, monsieur Delannes, si vous ne demeurez pas auprès d’elle et ne la protégez pas, tant qu’un souffle de vie vous anime, ce sera... entendez-vous, grand Dieu!... ce sera l’enfer!—Cet avertissement est encore charitable!...»
Mathieu ne put arrêter le sourire qui courut sur sa bouche comme Randal répétait: