On ne peut pas chevaucher sans fin, si fort que l’on s’y plaise. Il y eut un long séjour à Pékin, où je me suis remis à mon travail de peintre, un voyage en divers lieux du Japon, après quoi nous rentrâmes en France, au bout de dix-huit mois.

Je ne regrette pas une heure de ce voyage : toutes furent belles, surprenantes, variées et chacune apportait sa griserie, son harmonie, son baume…

Aujourd’hui, seulement, quelque chose paraît avoir manqué.


Traverser la Chine comme nous le fîmes, ne rien rencontrer de ce qui hante les routes, les temples, les bois, l’empire entier et ne s’en douter que plus tard !…

Cet après-midi, couché dans mon lit, en France, des apparitions me sont révélées que nous avons dû croiser sans les voir. Je sais qu’elles étaient là et, sur le moment, nous n’y prenions point garde.

L’immense dragon tout en or, aux yeux d’émeraude, qui s’amusait, semblait-il, à prendre nos deux chevaux dans les lacets de sa mouvante queue…

L’oiseau couleur de perle, aux longues ailes, qui s’envola sous le nez de nos bêtes, vira lentement dans l’air, frôla d’une de ses molles plumes le visage de Madeleine, se perdit au sein de la brise qui soufflait, mais, avant de disparaître, laissa choir de sa griffe précieuse, baguée de rubis, une fleur faite d’aube qui, soudain, tomba en poudre dès, que sautant à terre, je l’eusse recueillie au bord de la piste que nous suivions.

Nous n’avons rien vu de ces spectacles et rien même de l’image vivante des dieux enclos dans les statues de pierre que nous regardions, l’un et l’autre, en nous extasiant…

Ne le regrettons pas : il se peut que Madeleine s’en fût effrayée.