« Allons! change donc cette figure malheureuse! Oui, tu as le bras cassé. Ça se raccommode. Nous l'arrangerons tout de suite. Comment te sens-tu? Tu travaillais aux chantiers? Quel est ton nom? Ne t'inquiète pas! je te paierai tes journées perdues, et un peu plus pour la douleur. Nous fixerons le prix. Quoi! tu fais la tête? Appelle-moi bougre de maladroit et qu'on n'en parle plus. Ces choses-là, ça doit se régler vite et entre hommes. Je resterai quelques jours pour te soigner. Maintenant… attention!… »
Il abaissa sur moi deux énormes mains solides, pesantes, durcies, épouvantables, des mains qui semblaient de gros outils en chair.
« Crie, si ça te fait mal!… Crie fort!… Encore un peu!… Crie donc, imbécile! »
Oh! la vilaine impression : deux os qu'on remet, lorsque ces deux os vous appartiennent!
« Voilà! c'est fini! Tu vaux quelque chose! J'ai vu des hommes se tenir moins bien!… Bois ça et reste tranquille. Tu as un peu de fièvre. »
Il m'avait bandé le bras comme un chirurgien. Un instant, il me regarda du fond de ses yeux bleus, gravement, puis il éclata de rire et s'en fut, me laissant seul, dans la petite chambre de bois clair, à considérer les mouches.
IV.
Je ne le vis plus de la journée. De temps en temps, des gens que je ne connaissais pas venaient prendre de mes nouvelles. Je dormis mal, mais je dormis.
Le lendemain, van Horst reparut, arrangea mon bandage et s'en alla, après m'avoir dit :
— Je m'appelle Vincent van Horst… Si tu as besoin de quelque chose, tu crieras. Si ton bras te fait mal, tu diras au nègre d'aller me chercher… Je m'appelle Vincent van Horst… Tu as encore de la fièvre. Ne bois pas de whisky… Et toi, quel est ton nom?