C'était van Horst. Je lui trouvai le visage un peu terreux, mais, par ailleurs, il n'avait pas changé.

Il me tendit sa large main.

XXXIII.

Quelle journée! Mon Dieu! quelle journée!

L'air brûlait comme une torche. Ce continuel rayonnement donnait soif. On ne travaillait pas. Sous les arbres, sous le moindre abri de toile ou de planches, chacun faisait de son mieux pour dormir.

J'étais allé me réfugier dans l'ombre des verdures, espérant que, près d'un ruisseau, je pourrais mieux supporter la torture du jour, mais la forêt paraissait d'une chaleur plus implacable encore que le découvert. La terre fumait et se putréfiait odieusement. Les sous-bois étaient moites, les clairières ardentes.

Jamais je ne l'avais vue ainsi. Ce n'était plus la grande forêt sévère, la futaie harmonieuse, chantant par tous ses oiseaux, c'était une femelle macérée dans ses parfums, dont on n'aurait su dire s'ils étaient arômes ou puanteurs.

Fiévreuse, toute peuplée d'émanations insoutenables, la forêt semblait un lieu de débauche, et ma chair était soulevée en ce lupanar.

Je me traînais sous les branches en haletant, ma peau était humide, j'avais mal aux yeux. Soudain je pensai à un petit étang où il ferait peut-être bon se baigner. J'irais là. C'était une vasque bordée de roches, à quelques minutes de la Fourche. J'escomptais la caresse de cette eau tranquille, toujours ombragée par de grands rameaux. Je trouverais un peu de fraîcheur, dans l'agréable paysage en miniature que faisaient les fines fougères.

J'y fus bientôt, et m'allongeai sur son bord, dans l'ombre d'un buisson. Devant moi, l'onde plate et les arbres penchés ; au-dessus, le ciel ardent. Je me laissais aller à une demi somnolence qui n'était pas du repos. Je me sentais fiévreux, inquiet, tout possédé par une fausse torpeur. Je fermais les yeux et les rouvrais brusquement. J'écoutais le fourmillement des petites bêtes dans l'herbe. Des insectes maigres parcouraient la mare avec agitation, et l'eau, toujours si légère et que l'on aimait à faire couler entre les doigts, me paraissait lourde et plombée comme l'envers d'un miroir.