— Ah! non! par exemple! Jimmy…
— Allons! allons! Calmez-vous, Maria! On donnera un coup de main au gosse sans déranger M. Jimmy! Mais pas ce soir! Le vieux peut bien refroidir pendant quelques heures! Et puis, on verra! Parlons d'autre chose!
Il entrait des bouffées de nuit, fraîches, douces, calmes, tristes, et les fumées de la salle tourbillonnaient. Bientôt on se tint coi. La lumière de la lampe était trop jaune. Le vent de la nuit était trop harmonieux. Smith était trop mort.
Depuis quelques moments j'avais froid. Il me passait dans le dos des ondes glacées. Pour me remettre, j'allumai ma pipe. A vrai dire, je redoutais une question. Je la sentais venir. Elle me gênait d'avance. Quand l'un des buveurs me regardait, je le voyais sourire d'une façon désagréable : un retroussement de la lèvre, une expression fugitive dans les yeux… presque rien. En somme, ils m'aimaient bien, ces gens! Je leur rendais une foule de petits services, je gardais leur tabac, je nettoyais leurs pipes… mais, tout de même…
La question, ce fut Carletti qui me la posa.
— Toi, gosse! tu dois en savoir long. Que penses-tu de van Horst?
— Moi? dis-je d'un ton de mauvaise humeur et pour couper court, je ne pense rien, ce ne sont pas mes affaires.
— Pourtant, dit Mosé, il a été ton maître!
Je commençais à perdre patience.
— Laissez-moi tranquille! Je n'ai jamais eu de maître, et celui qui se dira mon maître!…