Le jeune Floridien, réveillé par quelque soupir de la nuit, avait repris sa flûte. Je l'écoutais, et van Horst contemplait le fleuve qui, vers cette ombre vague de l'horizon s'en allait rejoindre les lèvres souples de la mer.

« Vincent van Horst, tu peux te reposer, maintenant! »

Seigneur! Seigneur! c'est moi qui devais le lui dire!…

… Et ce fut par une nuit plus sombre, mais aussi divine que cette autre nuit que je vécus sur la Columbia, fleuve tranquille et noir, tandis que Vincent van Horst regardait les étoiles du sillage, et qu'à la poupe de notre chaland une flûte, pastorale et pure, préludait.

X.

— Pourquoi le bar de la Fourche? Je connais toute la côte et tous les placers jusqu'aux Rockies, par conséquent, j'ai bu dans tous les saloons… Jamais on ne m'a parlé de la Fourche. Gin-bar est dans le Cascade Range ; Golden-bar est sur le Snake river ; Joshua-bar est au pied du mont Jefferson ; Hornet-bar est près de Poker-Flat ; Christ-bar est sur les bords du lac Mono… mais… le bar de la Fourche?…

— Je vais vous dire : l'endroit avait du renom, jadis ; il s'appelle Yellow-Creek ; vous y êtes passé, sans doute, mais le bar date de trois ans à peine. C'est une femme de San Francisco, Maria, qui l'a fait construire et l'a nommé le bar de la Fourche. Vous verrez, c'est un bar comme tous les autres.

— Probable que j'irai plutôt à Poker-Flat.

— Vous avez tort. Les Chinois y sont. Rien à faire ; au lieu que près du Yellow-Creek… on ne sait jamais!