Soudain, il se mit à parler.
« J'ai beaucoup souffert et j'ai trop voyagé. Pourrai-je me reposer, un jour?… Oh! ce ne sera pas après fortune faite, comme tous ces gens qui vont vers l'Ouest pour se remplir les poches d'or!… En ai-je vu des pays!… Mais on se fatigue!… Eh quoi! j'ai quitté la maison du père, il y a vingt ans, parce que je ne voulais pas diriger une tannerie et parce que, dans les livres, on parlait de belles navigations, de voyages au loin, d'aventures!… et je n'ai pas encore touché le but!… L'entendrai-je jamais, la voix qui me dira :
« Vincent van Horst, maintenant, tu peux te reposer! »
« Ecoute, Olivier : j'ai fait pas mal de choses mauvaises et, peut-être une ou deux choses utiles ; j'ai vécu, j'ai surtout vécu, mais, aujourd'hui, je suis las. »
« Vincent van Horst, tu peux te reposer! »
« L'entendrai-je demain, cette voix?… l'entendrai-je à l'heure où l'on m'enveloppera du linceul?… Se reposer! se reposer!… Ah! mon petit Olivier! on ne peut toujours vivre dans cette agitation! on ne peut se battre sans trêve!… à la longue, cela brise, et le sommeil du soir devient un anéantissement! »
Jamais mon ami van Horst ne m'avait parlé avec une si singulière douceur. Son accent plein d'angoisse, mais calme toutefois, convenait à la paisible nuit.
« Olivier! Olivier! le repos! voilà la grande chose! la bête des forêts a une tanière où elle se couche, l'oiseau regagne son nid et le serpent se terre… il est cruel pour l'homme de n'avoir qu'un cercueil! »
Van Horst se leva.
« Ton père, ajouta-t-il d'une voix changée, brève et dure, ton père, puisqu'il lisait tant la Bible a dû te le dire : « Il n'est pas bon que l'homme vive seul! » Le repos, mon petit, c'est un regard de femme!… Ah!… »