« Que veux-tu! j'ai prouvé ma force en saignant Jack Dill, alors, tous ceux qui n'auraient pas osé tuer ouvertement me suivent… ils me suivent au sang. »
Ces malandrins, dont chacun devait avoir une action louche dans sa vie, me plaisaient peu. Il me plaisait moins encore de voir mon ami devenir en quelque sorte leur chef… Mais van Horst était l'excuse du troupeau.
Lorsque je me sentais trop écœuré par l'ignominie de Jane Holly, par les facéties de Nicodemus, par les affreux relents du saloon où la tête bariolée de Napoléon considérait de ses yeux fixes une dizaine de gaillards, ivres plus qu'à demi, j'allais me consoler dans la compagnie du fils de Maria.
Jimmy m'aidait parfois dans mon travail. A mes heures perdues, je tâchais de causer avec lui, de préciser un peu ce rêve vague et continuel qui l'occupait, d'appeler à la surface de cette âme stagnante quelques bulles d'intelligence. Une fois, van Horst me surprit lui faisant ainsi la leçon. Il me regarda avec, peut-être, un peu d'ironie, puis, sur ce ton affectueux qu'il n'avait que pour moi :
« Je comprends, dit-il, toi, tu aimes mieux essayer de faire naître que d'assassiner! »
XIX.
« Alors mon père m'a dit :
« Maintenant que tu es sorti d'Oxford, il faut que tu voyages, avant de prendre rang dans la famille, et que tu apprennes ce que les voyages seuls peuvent enseigner. Dans un milieu de gens qui t'admirent d'avance, tu t'es un peu amolli. Je veux que tu sois un homme, et digne de ta race. Tu aimes chasser : pars ; va tuer du gros gibier. Cela vaut mieux que d'abattre des perdreaux et des grouses. »
Tout en écoutant cette histoire, van Horst examinait avec intérêt un fusil de modèle nouveau.
Il leva la tête.