« Le pauvre bougre m'a l'air assez mal en point, me dit-il. Je me demande ce qui lui est arrivé!… Tiens! aide-moi à le mettre sur l'herbe. Je crois qu'il est seulement évanoui… Pas de blessures?… Non. »
Van Horst disait vrai : l'homme n'était pas blessé, sauf les balafres de sa figure, mais il mourait de faim et de privations. Je ne pense pas qu'il eût vécu jusqu'au soir. Il but à la gourde où mon ami gardait son whisky, mais il fallut d'abord lui en verser quelques gouttes dans le gosier. Peu à peu, il revint à lui. Avec peine, il mangea une croûte de pain que je lui donnai. Ses joues étaient moins pâles, ses yeux revivaient, ses mains s'agitèrent, se tendirent. Bientôt, il put se lever.
Un beau garçon de vingt-cinq ans. Il avait cette maigreur active, vigoureuse des Provençaux et des Gascons. Quelle ne fut pas ma stupeur, quand, se tournant vers van Horst, il dit… en français :
« Vous êtes vraiment bien gentil!… Attendez encore un instant et je serai tout à fait sur pied… »
Il regarda le buisson.
— J'étais là dedans?… Ah! oui! je me rappelle!… Mais… suis-je bête!… je parle français!
— Ça ne fait rien! dis-je en souriant. Je puis répondre. Vous êtes avec un compatriote!
— Tiens! tiens! dit van Horst, te voilà content, Olivier.
L'homme se remit peu à peu. Il avait encore un air effaré qui faisait peine. Il mangea tout mon pain, il but de nouveau à la gourde, il se secoua, il se prit le front comme pour y réunir quelques idées, puis :
« Ça y est, maintenant, dit-il, mais je crois que je reviens de loin!… et, sans vous, j'y serais resté! »