Il entra dans la buvette.

« Mes camarades, dit-il, je vous annonce que j'ai tué Jean Caldaguès, parce qu'il faisait la cour à la fille de notre ami Smith. Si l'un de vous fait la cour à la fille de notre ami Smith, je le tuerai aussi. Maintenant, je vais envelopper mon bras, puis je me reposerai un peu. Demain matin, je partirai pour Skykomish, où je resterai trois mois. Il me serait très désagréable d'être vu encore une fois par Annie Smith avec mon bras en écharpe. Dans trois mois je reviendrai. Si quelqu'un lui a manqué de respect, si quelqu'un lui a parlé de trop près… Bonsoir! »

Il sortit. Les buveurs du saloon restaient silencieux. On eût vraiment dit que le petit discours de van Horst, prononcé avec une insupportable négligence, avait privé ces corps de leurs âmes. Pendant les minutes qui suivirent, ces hommes attablés semblèrent des automates, et, pourtant, pris individuellement ils ne manquaient pas de courage, mais les actions de van Horst les dépassaient trop. Ils balbutièrent quelque temps des propos vagues, et ce fut un quart d'heure plus tard que le gros Kid fit une première allusion à l'événement du jour.

« Il tuera tout le monde! »

Holly gonfla d'un coup de langue sa joue gauche.

« Enfin, dit-il, nous aurons toujours trois mois de tranquillité! »

A ce moment, j'entendis au dehors la voix de van Horst.

— Olivier! viens ici! tu as entendu, je vais partir demain. Tu graisseras mes bottes, et tu selleras mon cheval. J'aurai un peu mal au bras, probablement, mais à Skykomish il y a un docteur. Ah! voici Annie Smith. Je n'ai pas envie de lui parler maintenant.

— Non! restez! van Horst.

Pâle, et la bouche frémissante, Annie Smith venait à nous. Sa voix était réduite à un murmure.