Je prends, sur la table, une lettre qui m’est adressée. Je la mets dans ma poche.—Williams est debout devant le cadavre. Il regarde, le sourcil froncé.—Zanko est dans un coin, près du lavabo. Il pleure comme un enfant.—La vieille est restée sur le palier. Elle se parle tout bas et fait le bourdonnement d’une machine à coudre.
Nous posons Lanthelme sur le lit. Cela n’est pas sans peine. On allume quelques bougies. Non, vraiment, il n’y a plus rien à faire.—Zanko restera pour veiller le mort.
Allons! c’est fini! je lirai la lettre chez moi.
Tout de même, Lanthelme s’est bien tué. Je ne pense pas qu’il ait souffert.
Samedi, 30 novembre.
Les femmes ont beaucoup pleuré.—Il y a eu deux crises de nerfs.
Cette mort de Lanthelme, désorganise notre vie.—On a offert à Zanko une place bien rétribuée à Saïgon, dans une maison de commerce. Il part. Il emmène Poussière.
Bichon va vivre à la campagne. Elle a hérité du peu d’argent que possédait Lanthelme.
Moi, je ne sais que faire.
J’ai vu beaucoup de gens mourir. Leur souvenir est un baume aux heures où le spleen me possède. Je tâche de vivre avec les morts, quand la société des hommes devient amère. Mais, de Lanthelme, je garde une image insupportable.—Je sens qu’il a eu raison de se tuer.