D’ailleurs, voici le billet que je trouvai sur sa table:
«Mon ami,
«C’est à vous que j’écris, parce que j’ai connu sur les nattes de votre fumerie les quelques heures de tranquillité qui m’ont permis de vivre, jusqu’à ce jour, et que, d’autre part, vous serez sans doute le premier à être informé de la décision que je viens de prendre.
«Je vais me couper la gorge, mon ami. Ce parti est le seul qui me reste. Il y a des gens qui se relèvent, si bas qu’ils soient tombés. Je n’en suis pas. Vous m’avez tiré, au mois d’août, d’une assez vilaine situation. Elle se serait reproduite avant la fin de l’année.
«Je suis perdu. C’est ainsi. Je suis condamné sans recours. Je n’aime plus que les plaisirs de la crapule. Je me trouve voué à l’égout. Autant mourir. Mon rasoir coupe bien. J’aurai la main sûre.
«Allons! adieu, cher ami! adieu sans larmes! Fumez, ce soir, une pipe à la santé de mon âme.—Qui sait où elle se promènera dans une heure!»
Et moi, que vais-je faire? Je pense aux conseils du général Felte. Vivre toujours à côté de Clotilde m’épouvante!... et c’est très facile, en somme, de se couper la gorge!
Mardi, 10 décembre.
«Ma chère Clotilde! rappelle-moi que je dois écrire au Général Felte, demain matin. J’ai eu des nouvelles du cousin de Williams. Il sera content que je les lui communique.
—Le Général Felte? ah! oui! ce bonhomme qui est venu l’autre jour! C’est pour le recevoir que tu m’as envoyé chez ma tante Ursule! Tu me traites en esclave, en parente pauvre, depuis quelque temps. Tu sais, je finirai par regimber. D’ailleurs, j’avais encore autre chose à te dire. Je t’en prie, mon ami, ne reçois plus cet acrobate du cirque. Je l’ai vu, la semaine dernière. Il n’a pas l’air d’un homme du monde. Il a des durillons dans les mains. Il parle avec l’accent italien. Cela me dégoûte. Je n’ai pas l’habitude de fréquenter ces gens-là!