Mercredi, 24 avril.
Je suis avec intérêt les progrès de deux jeunes clowns qui ont inventé un tour fort singulier et de qualité très-fine, malgré le grotesque de sa présentation. Ils sont les fils d’un vieil acrobate que je connais et les amis d’Altano.—Hier je fus au cirque pour assister à leurs débuts.
Durant la première partie je m’ennuyai un peu. Les grâces de l’amazone me sont familières et je connais les gestes du contorsionniste en habit noir. Peut-être étais-je mal luné, mais rien ne me séduisit dans le spectacle, ni les jeux icariens de sept allemands pommadés, ni le sourire que me fit la petite négresse qui dansait sur la corde tendue.
Un peu avant l’entr’acte, je me rendis dans les coulisses pour causer avec Altano. Passant devant la porte mal close d’une salle de débarras, j’entendis des voix qui riaient en fausset. Je regardai par l’entre-bâillement.
Une dernière fois, les deux nouveaux clowns répétaient leur tour. Grimés, travestis, sous les armes, ils n’avaient plus rien d’humain. Et ils se roulaient par terre en poussant des cris, et bondissaient, et sursautaient, tandis que, devant eux, leur père, vêtu d’un veston jaune, la figure anxieuse, les considérait d’un regard plein de passion, un regard dont la tendresse était animale et sublime tout à la fois.
Il y a plus de quinze ans, ce vieux clown faisait, à l’ancien Hippodrome, un extraordinaire saut périlleux qui l’avait rendu célèbre. Un jour il se cassa les reins et, dès lors, ce fut un pauvre être plié, presque un invalide.—Fini de rire!—Alors il apprit à son fils et à son neveu les subtilités de la matassinade, patiemment, avec amour et conviction. Hier enfin, ils allaient paraître sur la piste, sans lui... Non, il n’y avait pas de tristesse dans ses yeux...
«Et surtout, ne ratez pas votre rire! Tenez! comme ça!»
On eût dit qu’une toile se déchirait.
Il se retourna, et me reconnut: