«Bonsoir, Monsieur, bonsoir! N’est-ce pas qu’ils vont bien, les gosses? Ils feront leur chemin! Je vous les présente sous leur nouveau nom: les frères Halifax! C’est un mot anglais; une idée de groom.—Allons! encore une fois!»
Je m’en allai, un peu attendri, et, comme je parlais à mon ami Altano de cette scène, il fit la grimace:
«Eh! oui! Les risques du métier! Moi aussi je me casserai les jambes ou les bras, un jour, et je serai un vieux bon à rien. Alors, j’aurai des élèves, mes fils ou les fils d’un camarade. C’est la consolation!...»
Altano s’interrompit, haussa les épaules et, de plein pied, fit une délicieuse culbute.
Dimanche, 28 avril.
Aux heures où je me sens trop esclave de Clotilde, j’aime à rappeler la mémoire de ce temps où je me croyais l’âme d’un «fils de roi», où je pensais dominer un jour le monde et lui imposer mes volontés.
Ainsi, j’arrose des souvenirs. Ils refleurissent, ils me sourient. L’un, entre tous, m’est cher et me plaît à considérer.
C’était il y a une dizaine d’années, dans les environs de Biskra.
Fixant à mes chaussures ces crochets vigoureux dont se servent ces employés qui surveillent les poteaux du télégraphe, j’avais grimpé au tronc d’un palmier, et, par une prudente ascension, j’avais atteint le faîte.
Mon arbre jaillissait comme un jet d’eau: il épanouissait sa chevelure parmi les brises; son tronc laissait pendre des lanières poussiéreuses, guenilles végétales d’un vêtement très ancien.—Cet aïeul présidait.—Les autres palmiers le vénéraient et lui rendaient hommage.